« Titanic Ocean » de Konstantina Kotzamani à Cannes : 2h10 bien trop longues, un film qui se maintient à flots, sans remous

Passionnante côté court, particulièrement pour son curieux Electric Swan, la cinéaste grecque Konstantina Kotzamani passe avec Titanic Ocean au format long, pour un pari risqué au potentiel chaos, présenté en Un Certain Regard. Le récit plonge dans les bassins d’un internat japonais formant des adolescentes à devenir sirènes professionnelles, et suit alors Deep Sea, jeune femme cherchant sa voix de sirène comme sa métamorphose vers l’âge adulte, entre amour trouble et devoir de spectacle. L’intérêt du projet se situe d’abord, sans grande surprise, dans cette plongée dans le monde inconnu de ces sirènes du monde réel, arène que Konstantina Kotzamani approche fascinée, sublimant ces lieux dans une esthétique vaporeuse y2k, toute en tons de rose et violets, contribuant à la mystique générale.

Constamment habillée de calmes nappes musicales, sinon de tubes pop entêtants, cette école devient un lieu de visions aussi esthétiquement stimulantes, colorées, jusque dans les cheveux de ses personnages, mais rapidement creuses d’intentions de mise en scène. Même les corps deviennent ici simples objets esthétiques, vides de tout caractère organique et vivace tant la caméra qui les regarde semble peu inspirée au-delà du chouette moodboard Pinterest ainsi constitué. En découle une entrée narrative très mécanique, portée par une curiosité certaine, mais loin de parvenir à poser des personnages très accrocheurs, même aidée d’une voix off plus qu’explicative, voire méditative par son ton posé et didactique. C’est là l’ennemi majeur auquel confronte le film : l’ennui, dispersé au coin de quantité de séquences manquant cruellement de substance pour faire vivre un récit étendu sur 2h10 bien trop longues, n’entrant que difficilement dans le dur de ses conflits et enjeux. Le mystique y côtoie le banal neurasthénique dans des énergies bien trop proches pour instaurer la moindre ambiance pérenne, pour un geste qui peine à développer autre chose qu’un flottement, une déprime certes joliment touchante, mais rapidement stérile. On en vient même, par instants, à perdre le fil de ce qui devrait être au centre d’un récit dont les différentes tentacules sont trop lâches, dispersés, pour que quelques séquences de montage suffisent à relancer durablement l’attention.

C’est en se cherchant trop esthétique, mais surtout trop métaphorique, loin de la chair de son projet, que la cinéaste perd en cours de route un geste pourtant joliment intentionné, proposant là un coming of age non loin de la déprime douce et lancinante d’une Sofia Coppola. Bassins et costumes de sirènes deviennent alors la possibilité de se plonger (littéralement) dans un espace neutre, empli de calme autant que de vide capable de nous happer, à l’image d’un âge adolescent nourri d’espoirs comme d’angoisse. En une homophonie amusante, la protagoniste aphone cherche alors sa voie, la possibilité de se construire en tant que jeune femme dans toute la vulnérabilité ambiguë que cela entraîne, aux prises avec la concurrence, la violence du monde extérieur et le regard d’autrui. L’intention touche assez, par bribes, mais c’est toujours en surface, sur une ligne qui fluctue, que Titanic Ocean se maintient à flot, tristement sans remous.

2h 10min | Drame, Fantastique
De Konstantina Kotzamani | Par Konstantina Kotzamani
Avec Arisa Sasaki, Melina Mardini, Haruna Matsui

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