« The Path » de Auriea Harvey et Michael Samyn: l’inquiétante étrangeté d’un jeu vidéo aux accents Lynchiens à redécouvrir

Jeu vidéo sorti en 2009 sur PC développé par Tale of Tales, The Path revisite le conte du Petit Chaperon rouge à la manière d’un film de David Lynch. Sous-estimé à sa sortie, il mérite d’être revisité et rejoué.

«Va chez ta grand-mère. Reste sur la route.» Certains jeux ne s’embarrassent pas de paroles inutiles. The Path, lui, a poussé l’économie des mots jusqu’à se délester d’un menu d’accueil. À la place de quoi, le jeu développé en 2009 par le studio belge-italien Tale of Tales s’ouvre sur un appartement lugubre, où six jeunes filles patientent autour d’une table ou à même le sol. Elles ont de 9 à 18 ans – a priori. Elles sont sœurs – c’est une certitude. Et leurs apparences se déclinent dans une palette de rouge et de noir, percée par leurs teints diaphanes. Un certain conte revient en tête.

Une fois choisie par le joueur, l’une d’entre elles monte à bord d’un bus, qui la dépose devant un sentier en ligne droite, à la lisière d’une forêt. Une maison se trouve au bout du chemin. «Ta grand-mère t’attend. Reste sur la route.» C’est la seule instruction que le jeu inspiré du petit chaperon rouge consent à donner. Mais, pour invoquer une citation un peu douteuse, dans The Path, les règles sont faites pour être brisées. Exécutez-vous, et vous atterrirez dans une drôle de cinématique qui réinitialisera le jeu. Ignorez la chaumière de mère-grand, entrez dans la forêt, et c’est là que l’aventure commencera. Pour jouer à The Path, il faut désobéir. Et n’est-ce pas comme ça que commencent tous les contes? Par une transgression? Le petit chaperon rouge flâne dans les bois malgré les avertissements de sa mère, l’épouse de Barbe-Bleue ouvre la porte interdite, la belle aux bois dormants s’approche d’un fuseau.

L’affranchissement de l’autorité parentale ou maritale est synonyme de perte d’innocence pour ces héroïnes. Chez celles de The Path, c’est une expérience onirique et effrayante qui les attend, racontée à six voix. Six destins pour six loups différents, car chaque jeune fille a ses propres démons à affronter. Le concept un brin capillotracté écrase le gameplay rudimentaire et brouillon qui accompagne notre immersion bucolique. Mais les errances et les ratés de The Path ne font que consolider son aura d’étrangeté, et ne rendent que plus appréciables ses fulgurances lynchéennes, comme cette séquence terrifiante à propos d’une héroïne qui n’est pas sans rappeler une Laura Palmer.

Il faut dire que les co-fondateurs de Tale of Tales, Auriea Harvey et Michael Samyn, sont plus artistes plasticiens que développeurs. Leur approche peu conventionnelle du jeu vidéo passe mal à l’époque où le studio est en activité. Les walking simulators n’en sont qu’à leurs balbutiements, et la critique est virulente. Jusqu’à dégoûter les développeurs qui mettront un terme à leur carrière en se fendant d’un tweet assassin: «Fuck you gamersThe Path reste leur jeu le plus connu, un testament. Et il y a de quoi se réjouir de sa réhabilitation dans les niches indé d’internet, où l’on redécouvre des antiquités pixellisées par fascination pour leur charge liminale. L.C.

Editeur / Développeur: Tale of Tales
Sortie France 18 mars 2009
Genre: Aventure
Mode: Jouable en solo
Nombre maximum de joueurs: Non
Support(s): Online

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