Le Japonais Kenji Tanigaki, vétéran du cinéma hongkongais adulé pour sa maîtrise des chorégraphies d’action depuis plus de trente ans, fut contacté par le producteur Bill Kong avec une requête simple : donner vie au film d’action ultime. La mission, dont le résultat est actuellement visible en salles sous le nom de The Furious, était bien sûr impossible : entre John Woo, Gareth Evans, Johnnie To et George Miller, l’excellence du genre se conjugue sous bien des formes. Mais, comme Tom Cruise l’a maintes fois prouvé, une star du cinéma d’action ne s’arrête pas devant une petite contradiction : c’était impossible, mais Kenji Tanigaki l’a fait.
Le point de départ du film n’a pourtant pas grand-chose d’extraordinaire. Énième variation autour du film d’enlèvement et de vengeance, le scénario fait se rencontrer un père de famille dont la fille se fait kidnapper par un réseau pédocriminel organisé et un mari endeuillé (Joe Taslim), dont l’épouse a disparu en enquêtant sur cette même organisation. Ce duo, mariant le charisme naturel de Taslim (un des personnages principaux de The Raid, mais aussi la tête d’affiche du délirant The Night Comes for Us) à la rage contenue de Miao, constitue la première très bonne idée d’un script qui, s’il ne dépasse jamais son cadre de série B, possède l’intelligence de servir entièrement le dispositif de ses scènes d’action. Kenji Tanigaki s’amuse à jeter ces deux-là dans chacune des arènes de son film, jouant soit d’un montage alterné qui démultiplie les enjeux lorsqu’ils se retrouvent séparés, soit de chorégraphies à l’ambition affolante lorsqu’il s’agit de les faire agir de concert au sein du même cadre.
C’est globalement dans une logique d’empilement des corps que The Furious trouve sa propre voie dans le langage de l’action, poussant les chorégraphies à un niveau probablement jamais vu. La scène du club, entrant d’office au panthéon du genre dans un lieu pourtant vu et revu, culmine ainsi littéralement en une pyramide humaine de corps, au sommet de laquelle un Xie Miao déchaîné se hisse en fracassant des têtes au marteau. La transe induite par ces scènes confine à la danse et à la musique, au jazz peut-être plus particulièrement, notamment dans un final tout simplement gangbangesque où l’inénarrable Yayan Ruhian, du haut de ses 57 ans, s’associe à Joey Iwanaga (le grand méchant du film) pour un deux contre deux. Alors qu’un rythme semble s’installer, un cinquième combattant, véritable électron libre, se glisse entre les deux duos et pousse la scène vers un niveau d’abstraction chaotique démesuré, jusqu’à l’implosion. Tanigaki scinde alors à nouveau les enjeux, jouant sur l’alternance de rythme, de corps et d’objets pour faire vivre cette scène pendant plus de trente minutes. Cela lui laisse au passage le temps de nous apprendre à nous servir d’une échelle d’au moins quatre façons différentes : on vous laisse compter.
S’il y a peut-être un « film d’action ultime » avec The Furious, le long métrage ne tombe pour autant pas dans le piège de la synthèse, que son statut d’œuvre définitive aurait pu bêtement lui imposer. La trace des quatre auteurs référents cités plus haut est bien présente dans le film : la dynamique entre les deux personnages principaux rappelle instantanément les buddy movies de John Woo, le langage global de la mise en scène doit beaucoup à la violence froide et granuleuse de Gareth Evans, le rôle de la police et le sous-texte politique (amoindri par une forme d’abstraction dans les lieux et les langues) rappellent le cinéma de Johnnie To, et George Miller se voit salué lors de quelques scènes motorisées et d’un plan sur un œil que vous reconnaîtrez. Mais tout cela travaille au sein d’un film qui possède son propre ton, plus proche de la folie cartoonesque de City of Darkness de Soi Cheang que du sérieux finalement très occidental de The Raid. Dans sa gestion des bruitages, très amplifiés, dans sa façon d’écrire des personnages et de les faire incarner avec beaucoup d’exagération, dans ses envolées drolatiques, son usage original des corps, tenant de l’acrosport, ses riffs de guitare absurdes, The Furious est sa propre bête, bruyante, baveuse, mais définitivement inoubliable.
10 juin 2026 en salle | 1h 54min | Action, Arts Martiaux, ThrillerDe Kenji Tanigaki | Par Tin Shu Mak, Kwan-Sin Shum Avec Xie Miao, Joe Taslim, Brian Le Titre original Huo zhe yan |
10 juin 2026 en salle | 1h 54min | Action, Arts Martiaux, Thriller


