[À PLEIN TUBE ! / THE DARK BACKWARD] Adam Rifkin, 1991

Dans le cinéma chaos, on ne lâche jamais ses rêves, même les plus improbables. Comme celui d’Adam Rifkin qui, à peine sorti de l’adolescence, planche sur un script surréaliste et invendable. Quelques années et quelques films plus tard, il trouve en Brad Wyman un producteur assez toqué pour se lancer: le bonhomme avait chouchouté à l’époque des titres comme le très barré White of the Eye (dernier film du tourmenté Donald Cammell), Delirium (thriller foufou avec Malcolm McDowell) ou Skinner (avec Ted Raimi en écorcheur de prostituées), Rifkin lui, venait de tourner The Invisible Maniac dont le titre résume suffisamment les intentions (un psychopathe invisible qui touche des culs of course). La belle entente. En résultera The Dark Backward (balancé en DTV chez nous sous l’affreux titre de À plein tube ! : à croire que personne n’avait vu le film au service de traduction), une farce qui réunira pourtant assez de têtes connues pour ne pas passer totalement inaperçue, et dont le statut culte reste toutefois à débattre.

On peut décemment le dire : on ne voit pas un machin pareil tous les jours. Débusqué pour son rôle de loubard dans The Breakfast Club, Judd Nelson enfile un costard fluo trop grand et des lunettes en cul de bouteilles pour un rôle d’essuie-pieds kafkaïen tout à fait à l’opposé de l’attirail de John Bender. Dans un dépotoir à ciel ouvert, il incarne le timide Marty Malt, un éboueur se lançant dans le stand-up comique malgré son évidente absence de talent. À ses côtés, une petite amie serveuse (Lara Flynn Boyle, éteinte, les cheveux gras) et un meilleur ami envahissant, campé par un Bill Paxton déchaîné en accordéoniste nécrophile obsédé sexuel, se vautrant dans des orgies gourmandes quand il ne bouffe pas tout ce qui passe à sa portée. Mais un jour, Marty voit un bubon lui pousser dans le dos et s’agrandir jusqu’à devenir… un bras! D’abord chassé par son entourage, il va, avec son pote volontiers opportuniste, profiter de cette mutation pour se faire voir.

Dépourvu de repères temporels ou géographiques, le monde de The Dark Backward ferait passer le monde futur de Brazil pour une ballade de santé : tout n’est que immondices, murs suintants, nourriture avariée, éclairages blafards… Tout est sale, grimaçant, méchant, obscène, du plus simple figurant à la moindre parcelle de décor. La grande force de cette série B à 700 000 $ est de croire et de nous faire croire, de la première à la dernière image, à cet univers décati et étouffant. Tout cela se conclura bien évidemment sur une morale compensatoire, le film s’ouvrant et se fermant en bonne fable qu’il est sur un livre de contes outrageusement peint : dépouillé de tout et de tous, le héros comprendra derrière quelques éclats de rires qu’il faut puiser dans sa souffrance et son vécu pour cultiver son art. Ce serait tout à fait benêt si tout ce qui l’avait précédé n’était pas aussi répulsif et dingo, comme si les délires de Richard Elfman s’étaient cassés la gueule dans un jus bukowskien épais et dégoulinant.

1h 41min | Comédie
De Adam Rifkin | Par Adam Rifkin
Avec Judd Nelson, Bill Paxton, Wayne Newton
Titre original The Dark Backward

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