Rapt, viol, meurtre, vengeance : qui croyait que le cycle mortel imposé par La dernière maison sur la gauche de Wes Craven serait aussi décisif et influençable pour le cinéma d’exploitation américain ? The Candy Snatchers, réalisé l’année suivante, a tous les atours de la lasthouseonthelefterie. On y retrouve une fois de plus un groupe mixte capable du pire et une victime saucissonnée vouée à un destin funeste, les affiches de l’époque allant jusqu’à reprendre une image très semblable à l’un des photogrammes les plus célèbres du film de Craven (la troupe de psychopathes en contre-plongée, le cran d’arrêt alerte).
L’ironie, c’est que The Candy Snatchers a finalement peu de points communs avec le film du réalisateur de La Colline a des yeux, vendu et assumé comme un shocker crasseux de drive-in, là où le long-métrage de Gordon Trueblood – dont ce sera un one-shot – est nettement plus inclassable, et surtout beaucoup plus soigné que son camarade de classe agité, et ceci à tous points de vue (belle photo, réalisation nerveuse, comédiens venus de la télé mais tous au diapason). Mais stoppons-là la comparaison, voulue ou pas par la promo du film, qui nous induit finalement en erreur. Très loin du Connecticut et de la région new-yorkaise, The Candy Snatchers nous propulse sous le soleil doré de Californie, là où l’on s’arrête de fantasmer le rêve américain pour enfin le vivre. C’est en tout cas le but fixé par un trio de choc en la personne d’Eddy, Jessie et son frère Alan, tous trois en route pour un plan d’enfer. Sur leur van, une plaque annonce le ton: «Money is the roots of all happiness», beau message rempli d’espoir scandé dès le générique de début avec sa folk 70’s que vient stopper plusieurs fois le montage. Les malfaiteurs enlèvent ainsi Candy, une lycéenne pure et innocente dont le papa tient une boutique de bijouterie dans le coin. Dissimulant la jeune fille dans une cache sophistiquée revenant littéralement à l’enterrer vivante (les claustros vont adorer), les kidnappeurs attendent alors gentiment leur oseille selon un schéma fignolé au millimètre… peut-être même trop. Car qui aurait cru qu’un gosse trouve la jeune fille? Qui aurait cru que le papa chéri soit si choqué de la situation qu’il préfère se débiner? Qui aurait pensé qu’il fallait sûrement descendre la petite Candy si le plan échouait? Bref, rien ne se déroule comme prévu, à l’inverse des rape & revenge de famille suivant une mécanique beaucoup plus linéaire.
Pas horrifique pour un sou, The Candy Snatchers n’en reste pas moins d’une cruauté suffocante, avec une ribambelle de personnages motivés par le rêve, l’ailleurs, et le doux son du capitalisme s’ébruitant dans les mains. Le brave Avery, le nounours du groupe protégeant tant et si bien Candy, menacée autant de torture que de viol par le barjot queutard revenu du Viêt Nam, n’hésite pas par exemple à violer sa comparse Jessie. Pas de repères, zéro confiance, que des emmerdes au kilomètre : The Candy Snatchers supplante beaucoup de productions de l’époque par sa malice, sa maîtrise du suspens et ses surprises permanentes… mais également son humour très noir: le seul sauveur potentiel est un gosse muet battu par sa mère, on assiste à une réunion dans laquelle ça cause coupage d’oreille et on plante une bourgeoise froufrou sur son lit d’extase… Quand l’or se barre, tout se finira, tel un western crépusculaire, sur les collines pourpres de L.A. Et en guise de cerise sur le gâteau, la conclusion la plus surréaliste, la plus atroce imaginable. Ça grince sec dans la cité des anges.
Réalisation : Guerdon TruebloodScénario : Bryan Gindoff, Guerdon Trueblood Avec : Tiffany Bolling, Ben Piazza, Susan Sennett États-Unis Genre : Thriller Durée : 94 minutes Sortie : 1973 |
Réalisation : Guerdon Trueblood

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