[SPUN] Jonas Åkerlund, 2002

Spun, premier long métrage du réalisateur Jonas Akerlund, est un phénomène qui a longtemps tourné dans des festivals internationaux suscitant, à chaque présentation, les mêmes réactions extrêmement contrastées chez les spectateurs partagés entre l’hilarité et la consternation. Au fil des années, cette bombe d’énergie et de mauvais goût, biberonnée au cinéma trash de John Waters (beaucoup de références à Pink Flamingos), a su fédérer quelques fans chaos.

PAR PAIMON FOX

Alors qu’il se rend chez son dealer Spider Mike, Ross fait la connaissance de son fournisseur The Cook. Il entame alors un voyage psychédélique de trois jours qui va l’emmener au cœur de tous les vices. Une plongée vertigineuse dans l’univers parallèle de la drogue où tout peut arriver. Si les visionnages intempestifs ne jouent pas en sa faveur (il s’autodétruit rapidement), Spun constitue une bonne introduction pour s’initier à l’univers du réalisateur (un peu comme Killing Zoe pour Roger Avary). Pour donner une idée du résultat, c’est comme si avec une bande d’amis vous décidiez de regarder Requiem for a dream de Darren Aronofsky un soir, que vous baissiez le son de la télévision et que vous vous amusiez à créer des dialogues hilarants en ajoutant des bruitages et des sons décalés.

A l’origine, Jonas Akerlund vient de la musique. Initialement batteur dans un groupe de Death Metal, il a décidé de se diriger vers un autre univers artistique le jour où il s’est rendu compte qu’il n’avait strictement aucun talent. Son obsession sera désormais visuelle. C’est ce qui lui a permis de signer dans les années 90 des clips remarqués et remarquables. A l’époque, tout le monde veut travailler avec lui. Akerlund commence avec le groupe Roxette et Madonna (il a réalisé le clip Ray of Light) et creuse de plus en plus une mouvance trash/chic branchouille. Akerlund entreprend de déranger avec le groupe The Cardigans dont il signe le clip My Favorite Game. A la fin, la chanteuse blonde Nina Persson finit par se crasher en bagnole – séquence finale choc qui finira censurée. Le plus marquant de tous ses clips, c’est Smack my bitch up! des Prodigy qui contient déjà des éléments que l’on retrouvera dans Spun: du vomi, de l’alcool, du sexe, de l’hystérie, de la violence et un twist final. Spun dans lequel il réutilise tous les tics formels déjà exploités dans ses clips.

L’histoire s’articule autour de dealers, de putes, de flics ripoux mais elle n’a pas d’importance. Ce qui est plus amusant, c’est de voir comment les personnages borderline vont finir par se rencontrer. Le casting (Jason Schwartzman, Mickey Rourke, Brittany Murphy, Mena Suvari, Peter Stormare, Alexis Arquette, Billy Corgan des Smashing Pumpkins et Ron Jeremy) est hallucinant tellement il ressemble à tout et à rien en même temps. Et à force de faire se rencontrer des gens qui n’ont rien à faire ensemble, cela crée des interactions passionnantes. On pense surtout à une séquence mémorable où John Leguizamo, nu comme un ver, se branle avec une chaussette en écoutant les ahanements de Debbie Harry au téléphone pendant que sa copine Mena Suvari fait caca aux toilettes.

La musique hurle, les dialogues dégueulent, les personnages puent, le montage déchire la rétine. Aussi élégant qu’une bonne main au cul, le résultat ressemble au cinéma de Gregg Araki dans les années 90 période Doom Generation avant qu’il ne s’assagisse. En voyant la folie de Jonas Akerlund, on pensait d’ailleurs à un nouveau Gregg Araki, plus qu’à un nouveau Darren Aronofsky (certains ayant vu Spun comme une parodie de Requiem for a dream, ce qu’il n’était pas vraiment). Hollywood était alors à ses pieds et les stars voulaient s’encanailler dans son monde. Mais Jonas a pété les plombs au mitan des années 2000. La preuve, il a créé une association de cinéastes mais craignant de perdre le contrôle de sa propre organisation, il a viré 27 metteurs en scène en activité. Plus tard, l’artiste est revenu aux commandes d’un thriller assez chelou: Les Cavaliers de l’apocalypse, dans lequel un flic (Dennis Quaid, halluciné), hanté par la mort de sa femme, enquêtait sur un tueur en série s’inspirant des quatre cavaliers de l’Apocalypse. On attend Lord of Chaos, son prochain long sur les débuts de la scène black metal norvégienne.

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