Événement ovni de la Capitale depuis maintenant 5 ans, le Sadique master festival célèbre, pendant trois jours au mois de mars, le chaos dans tout ce qu’il peut avoir de plus trash et underground. Au terme de trois jours de gore qui tache et de mollards qui collent, le jury composé de Antony Hickling, David Didelot et Domiziano Cristopharo a récompensé un film bien barré: Framed de l’espagnol Marc Martínez Jordán, mélange bizarroïde entre un épisode de Black Mirror et Ghostland de notre Pascal Laugier national. Toute cette joie et tous ces cotillons ont pour responsable un programmateur fou ayant décidé d’aller à l’encontre du bon gout pour notre plus grand plaisir. Son nom? Tinam Bordage.

INTERVIEW: GUILLAUME CAMMARATA

Quel est votre parcours?
Tinam Bordage: Je n’ai jamais fait de grandes études puisque mon parcours scolaire s’est arrêté en seconde comme conséquence à une certaine inadaptation au cursus académique. Suite à ça, je suis devenu totalement autodidacte et en quelques années j’en ai appris plus tout seul que lors de toutes mes années d’études. Je cultive ma passion pour le cinéma – et par extension le cinéma de genre qui m’a ensuite poussé à me spécialiser dans «l’extrême» (et à dédier un livre de 540 pages) depuis l’enfance. La littérature, elle, s’est transformée en passion lorsque je me suis déscolarisé. Ironique.

Parlez-nous de l’origine, comment est venue l’idée de créer ce festival?
Tinam Bordage: Lorsqu’on évolue avec une passion si singulière pour une culture alternative aussi transgressive, il vient toujours un moment où l’on veut exploiter davantage tout ça, par des communautés réelles ou virtuelles. Quelque chose qui nous sort de cette cinéphagie misanthrope et presque onaniste. Alors, j’ai fréquenté le forum virtuel «Ultragore» assez réputé à l’époque, puis je me suis rendu à l’Etrange festival (de Paris) avec certains membres afin de voir quelle tête pouvait bien avoir une personne qui, comme moi, se sustente d’oeuvres cinématographiques infâmes ponctuées de viols et de décapitations (je vulgarise, hein). Ma première initiative, en plus du site Sadique-master sur lequel j’écrivais régulièrement, fut de créer un festival virtuel avec des diffusions live en ligne où les spectateurs payaient une petite somme symbolique qui était reversée aux réalisateurs. Seulement, à force de fréquenter les manifestations artistiques réelles, j’ai voulu concrétiser aussi mon événement. Un festival dédié uniquement au cinéma underground extrême sous toutes ses formes où les spectateurs, réalisateurs, acteurs/actrices et différents passionnés pouvaient se retrouver dans la vraie vie et fédérer une communauté en visionnant ces horreurs cinématographiques sur grand écran.

Quelles sont vos critères pour la sélection et la programmation des films?
Tinam Bordage: Un parfait équilibre entre la qualité et la nature «extrême». Clairement, cette volonté d’allier la qualité et l’extrême restreint énormément notre ligne éditoriale et peut même parfois occasionner certaines frustrations lorsque je découvre un excellent film mais qu’il s’avère trop «soft» pour ce que nous cherchons à représenter. On aime promouvoir l’événement à travers une publicité un peu irrévérencieuse, et ainsi, certains de nos spectateurs pensent parfois que nous ne proposons que de la violence graphique ultra violente et gratuite, mais c’est faux. La programmation se compose d’oeuvres en réalité très différentes dont la notion de «l’extrême» peut prendre une multitude de formes: dans la psychologie, le bizarre, les thématiques, et même une certaine représentation de l’expérimental.

Beaucoup de films de la sélection comme Brutal (qui a reçu à juste titre le prix Sadique master cette année) et Xpiation sont des œuvres qui ne bénéficient pas ou peu de couverture médiatique et ne sont aussi peu ou pas distribuées malgré leurs qualités de mise en scène. C’est une volonté pour vous de leurs rendre justice avec cet évènement?
Tinam Bordage: La distribution et la médiatisation de ce cinéma sont quasiment inexistantes en France. La presse papier semble ne semble même pas connaître, et la presse numérique l’évoque en fait assez rarement. La distribution ne se passe pas forcément mieux puisque hormis Uncut movie (qui dispose tous les ans d’un stand au Sadique-master festival et sont des partenaires), personne ne se spécialise là-dedans. Elephant film ou quelques autres se sont risqués à quelques sorties ponctuelles mais de moins en moins fréquentes. Le principal distributeur qui occupe ce domaine est Unearthed (qui a d’ailleurs édité Brutal et les premiers volets de la trilogie dont est issu Xpiation) mais son marché n’a pas réellement d’écho en France hors d’un petit cercle de passionnés puisque les films n’ont jamais de sous-titres Français. Depuis peu, le distributeur Italo-Anglais Tetrovidéo relève le niveau en plus de proposer des sous-titres Français sur de nombreuses éditions. Donc, affaire à suivre… Alors oui, le Sadique-master a complètement pour vocation de mettre un gros coup de projecteur sur ces œuvres ainsi que sur leurs réalisateurs.

Comment envisager vous l’avenir du festival et quels sont vos souhaits pour la prochaine édition?
Tinam Bordage: Dans la même lignée que cette cinquième édition qui nous a permis de poser quelques dernières bases essentielles à la vision que je voulais représenter à travers le festival. D’une année à l’autre nous essayons d’innover en proposant constamment de nouveaux éléments atypiques: la performance «porno vomit gore» à la quatrième édition, les masques décalés à la cinquième… Donc notre public peut s’attendre à de nombreuses surprises, à une programmation dingue et à des invités de très grande qualité.

Enfin, quel est votre film Chaos préféré?
Tinam Bordage: Melancholia de Lars Von Trier. Mais dans une conception plus anarchique du Chaos, j’adore aussi The Doom Generation de Gregg Araki. Et, en plus extrême, Subconcious Cruelty de Karim Hussain.

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