À l’occasion du G7, sept grands dirigeants de démocraties occidentales se réunissent afin d’établir une déclaration sur notre monde en crise. Une fois le petit comité réuni cependant, laissé seul à lui-même, débute une errance aussi absurde que surréaliste…
Drôle d’objet que ce film, dont nous avions eu des échos tantôt amusés, tantôt circonspects, lors du Festival de Cannes 2024. Le cinéaste canadien Guy Maddin, que l’on connaît pour ses récits en noir et blanc, muets et cryptiques, s’associe ici avec les frères Evan et Galen Johnson (sans oublier, détail insolite, Ari Aster, producteur exécutif du projet). Le terrain est celui de la satire. Un premier acte jubilatoire et allant crescendo, s’amusant du décalage entre les personnages, leur entre-soi familier contrastant avec le carcan de leurs postures. La caméra ausculte cette élite, tel un regard d’entomologiste, via travellings et zooms ralentis. Ajoutez à cela des irruptions cocasses (la découverte d’une momie souterraine) et un brin de confusion lorsqu’il s’agit de « faire concorde », et le rire jaune pointe à mesure que le groupe tente de garder contenance.
Un humour grinçant à l’anglaise, jouant du malaise — vu et revu, certes, mais efficace — dans lequel chacun des acteurs, incarnant des archétypes de dirigeants (le ministre canadien taciturne, le président français débonnaire, la chancelière allemande, à la fois friendly et impersonnelle, incarnée par Cate Blanchett), oscille entre flegme et angoisse sans trop cabotiner. Tout en conservant sa note d’intention initiale — une déclaration de crise qu’il faut achever coûte que coûte — le film emprunte un virage survivaliste dans des bois aux tons chromatiques. Pur comique de situation, jouant de l’écart savoureux entre ces dignitaires engoncés dans les protocoles et des survenues WTF : un cerveau géant, un chatbot traqueur de pédophiles ou encore des zombies lubriques.
Les retournements façon soap, ou ridiculement épiques, se mêlent à l’absurdité de personnages incapables de parler autrement qu’en langue de bois… ce qui tombe bien ici. Une fois posé ce grand écart opposant nos technocrates à cet environnement hostile — et en avoir bien ricané — l’ensemble gesticule malheureusement et se disperse. Dans ce film aux allures de théâtre de l’absurde (tout se passe dans une unité de temps et d’action nocturne), on ne pourra certes pas lui reprocher sa liberté de ton ni son inventivité à proposer, au cœur de cette forêt mentale, des scénettes abstraites.
Mais si certaines font mouche, d’autres beaucoup moins, frôlant la pure gratuité (non, l’absurde n’est pas un prétexte justifiant tout et n’importe quoi…), et donc… occasionnant des problèmes de rythme. Après ce retour forcé à l’instinct primaire, au contact duquel nos héros s’épuisent à petit feu, le film semble hausser les épaules, rafistolant son manque de fond. Nos personnages soliloquent, commentent l’action, et l’ensemble finit par agacer. Jusqu’à… ce final aux allures d’apocalypse, à l’occasion d’un discours patriotique décousu, dont on ne comprend plus les enjeux à force d’avoir été distendus.
7 mai 2025 en salle | 1h 43min | Comédie, DrameDe Guy Maddin, Evan Johnson, Galen Johnson | Par Guy Maddin, Evan Johnson Avec Cate Blanchett, Roy Dupuis, Nikki Amuka-Bird Titre original Rumours |
7 mai 2025 en salle | 1h 43min | Comédie, Drame


