Placer Resident Evil 7 aussi haut, malgré ses défauts biens identifiés (un dernier tiers poussif), n’a rien d’un scandale. Au-delà de l’amour que l’on peut lui porter, l’épisode 7 fait surtout partie des trois jeux Resident Evil à avoir marqué un tournant et un nouveau départ pour la série – les deux autres suivent. Après l’échec critique de Resident Evil 6, qui marquait surtout une impasse créative, l’heure était, comme en 2005, au renouveau de la série, ou bien à sa mort. Capcom a donc confié les rênes de ce septième épisode longtemps tenu secret à Koshi Nakanishi, réalisateur sur Revelations. En injectant du (quasi) sang-neuf, l’objectif était d’impulser un nouvel élan à la série, en revenant à ses origines (le survival horror, les énigmes et les puzzles), tout en les modernisant. Or, Resident Evil 7 est une parfaite synthèse de ce que l’horreur vidéoludique fait de mieux au milieu des années 2010.
Alors que le survival horror disparaît peu à peu du catalogue des gros éditeurs de jeu vidéo, le genre connaît un nouveau souffle dans le milieu indépendant avec des propositions comme Amnesia : The Dark Descent (2010), Outlast (2013), Alien : Isolation (2015) ou Layers of Fear (2016). Des jeux à la première personne, qui mettent la lumière sur la psychologie, la peur et la survie. En parallèle, Shinji Mikami, le créateur de Resident Evil, réalise The Evil Within, qui pioche autant dans la série de Capcom que dans sa principale rivale, Silent Hill. Enfin, Hideo Kojima (Metal Gear Solid) est un temps à la tête d’un nouveau Silent Hill, sobrement intitulé Silent Hills, projet avorté dont il ne restera qu’une démo gratuite, P.T., hélas disparue des stores un an après sa commercialisation, mais qui aura marqué durablement les joueurs et l’industrie.
C’est dans ce contexte d’émulsion créatrice du survival-horror que Resident Evil amorce sa renaissance, aidé notamment par le travail de Richard Pearsey, passé par F.E.A.R, en tant que narrative designer. Le résultat est déconcertant, le jeu étant d’abord présenté sous une forme de démo en réalité virtuelle nommée K7TCHEN, se révélant en fait un segment optionnel de l’aventure principale. Exit Umbrella, Chris, Leon and co (du moins, dans un premier temps), Resident Evil 7 nous embarque en Lousiane, dans la peau d’Ethan Winters, un pauvre ingénieur à la recherche de sa femme Mia, qu’il croyait disparue depuis deux ans. Ce qu’il découvre dans la maison des Baker : l’horreur à l’état pur. Ethan Winters n’est pas un surhomme, de ce fait, chaque affrontement est une tannée, et la fuite ou l’infiltration est plus souvent préférable. Heureusement, le jeu nous met aux prises avec 3 antagonistes principaux (Jack Baker, le père, sa femme Marguerie et leur fils Lucas) et quelques créatures annexes peu inspirées (croisement entre des zombies et des champignons). Le jeu marque surtout pour son moteur graphique impeccable, première démonstration de la puissance du RE Engine, pour son ambiance malsaine, croisement réussi de Massacre à la tronçonneuse, Saw, Evil Dead et Blair Witch (pour les passages en found footage). Et peu importe s’il se prend les pieds dans son dernier tiers lorsqu’il essaie de raccrocher les wagons de la série, le bien (ou plutôt le mal) est fait : Resident Evil lives !



