Êtes-vous prêt à renier les dogmes, à accepter votre part la plus sombre, pour trouver votre liberté ? C’est l’invitation (nous vous en avions touché quelques mots durant sa production) proposée par le réalisateur Mathias Averty, épaulé par le collectif nantais Les Furtifs. Débutant par une cérémonie interlope, entre éclats fantômes et pénombre entre deux eaux, le documentaire nous embarquera au sein d’une des communautés hexagonales les plus secrètes. Lucifer, rites d’invocations, sorcière et toute contre-foi : vous pensiez connaître la sphère occulte, et peut-être la balayerez-vous d’un revers de main ? Ne soyez pas trop présomptueux. Bien sûr, le documentaire évoquera cette histoire ésotérique, à travers spécialistes et exégètes, et comment une constellation d’archétypes, de littérature et autres grandes figures (Isidore Ducasse aka Lautréamont, Baudelaire, Aleister Crowley), illustrée ici en autant de vignettes analog VHS, ont ajusté cet héritage folklorique en enjeux modernes. Quand le flirt avec les réalités invisibles accouche d’autres narratifs, forgés au revers de l’Église.

En parallèle pourtant, se révèle autre chose puisque c’est aussi un partage intime, sociologique, auquel nous sommes conviés : son réalisateur donnant la voix à celle et ceux officiant en toute discrétion. Des mousses de Brocéliande aux cimetières parisiens, la caméra se fait tour à tour spectrale et flottante, filmant les dos, les stigmates (volontaires ou non), les confidences. L’occasion d’esquisser des portraits intimes, témoignages fil-rouge, récits touchants entremêlés de blessures et d’évocations étranges, du courage allant à contre-courant. Par-delà son sujet, Que ton règne vienne dévoile, entre les lignes, le visage de ces outsiders ; mais également celui d’un monde underground où la réalisation de soi, l’initiation personnelle est indissociable d’un plein engagement, d’épreuves physiques parfois (soyez accrochés), d’exploration des limites, et de ce qu’elles signifient. Nous posant notamment cette question méta (et très « Jodorowskienne ») : qu’est-ce qui sépare le rituel transformateur… d’une théâtralité cathartique, inconsciente, nécessaire ?

Sans trop vous en dire, le final y répondra en nous dévoilant une cérémonie en temps réel, baptême des ombres… jusqu’à leurs traversées incluses. Nous ne pouvons que vous encourager à découvrir ce diamant noir et sensible. Audacieux en cela, et donc d’autant plus chaos.
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