La rubrique PHOTOMATON met en lumière ceux qui font le cinéma. Quatrième invité: GERALD DUCHAUSSOY.

Quelle est votre profession?
Je travaille pour différents festivals de cinéma, notamment au le Festival de Cannes où je m’occupe de Cannes Classics, la section patrimoniale du festival (films restaurés, documentaires cinéma, cinéma de la Plage, Leçon de cinéma), à l’Institut Lumière pour lequel je suis chargé de mission au Marché du Film Classique, la partie professionnelle de l’événement ouvert au public, ainsi qu’au festival de Toronto (le TIFF) qui m’accueille comme attaché de presse de Midnight Madness, un programme dédié aux films de genre.

Quel est votre parcours?
J’ai fait un DEA d’anglais (désormais Master 2) à Paris III-Sorbonne Nouvelle, ai été assistant à l’Université de Sacramento et professeur d’anglais dans le cadre de mon service militaire (j’ai fait partie des derniers !). J’ai rédigé un mémoire sur la cigarette dans les films hollywoodiens puis un autre sur l’émission de télévision comique Saturday Night Live puis j’ai commencé à travailler au service de presse du Festival de Cannes où j’ai passé une dizaine d’années avant d’évoluer vers d’autres contrées vraiment connectées aux films.

Sur quoi travaillez-vous actuellement?
Je viens bientôt partir à Toronto où la sélection de Midnight Madness est très excitante et je travaille en même temps à la mise en place du Marché du Film Classique du festival Lumière, une initiative vraiment intéressante et originale unique au monde qui vise à regrouper tous les acteurs du secteur du patrimoine. Nous nous efforçons de conserver une atmosphère professionnelle et conviviale à la fois. J’espère vraiment que nous pourrons développer ce projet qui vise à soutenir les films classiques et permettre la diffusion du cinéma de patrimoine.

Quel est le film et/ou le cinéaste qui vous a donné envie de faire ce métier?
C’est drôle parce que je vois plutôt cela comme un parcours familial et amical lié au cinéma populaire tout d’abord avec mon père (Les Guerre des étoiles, les Indiana Jones, les deux premiers Superman, Retour vers le futur, les Delon, Belmondo, les Sergio Leone), aux cassettes vidéo (Bruce Lee, les James Bond, Clint Eastwood, les Francis Veber, Louis de Funès, Yves Robert, les polars et les films d’art martiaux), au cinéma du dimanche soir sur TF1, au film du lundi sur FR3 à l’époque, à la Dernière séance, au cinéma de minuit et à Canal+ avec mon grand-père, puis un intérêt plus grand pour le cinéma de genre grâce à la critique en lisant Starfix et Mad Movies ainsi qu’au cinéma d’auteur avec ma mère. Et enfin un très grand appétit de cinéma à la fac avec mes meilleurs amis, comme beaucoup d’entre nous j’imagine. Mais si je ne devais en retenir qu’un, étonnamment je me retrouverais à citer Tonino Valerii qui a réalisé Mon Nom est personne dont je revois les yeux bleus de Henry Fonda, première VHS à passer sur le magnétoscope que mes parents avaient acheté en leasing ! J’ai longtemps eu la musique en 45 tours, empreinte de nostalgie et de mélancolie. Ce qui me semble incroyable, c’est le fait que j’intégrais déjà que cette œuvre prenait en compte l’histoire du western et celle du personnage principal comme héros du passé. Je ressens encore l’éblouissement très fort de mon premier souvenir de cinéma à être gravé en moi.

Quel est votre meilleur souvenir professionnel?
A titre personnel, assister au photocall de Clint Eastwood pour Mystic River et le voir, fantomatique, décontracté, à quelques centimètres de moi restera un souvenir extrêmement fort, tout comme aller voir William Friedkin dans sa chambre cette année pour l’accueillir et sentir un flot d’énergie incroyable lorsqu’il a ouvert la porte, cela m’a littéralement fait décoller la tête ! Dans le travail, cette année également, lorsque nous avons projeté La Planète des vampires de Mario Bava (un cinéaste que j’affectionne tout particulièrement) dans une copie incroyable et que Nicolas Winding Refn en a assuré la présentation avec classe et assurance. J’adore ses films, je crois que ce sera un réalisateur qui restera et que l’on passera ses films à Cannes Classics dans un lointain futur.

Quel est votre pire souvenir professionnel?
La première séance de Midnight Madness à Toronto : le photographe du quotidien anglais The Sun m’a frappé d’un coup de poing dans le dos lors du photocall de Megan Fox pour Jennifer’s Body car il estimait que je le gênais. Il y avait un monde fou, nous avions tous beaucoup de mal à travailler. Deux jours après, il a insulté, pour la même raison, la sœur de Colin Farell qui s’est empressé de le prendre par le col et de l’injurier copieusement, voire de le menacer. Tout cela commençait bien !

Citez-moi quelqu’un de bien/pro/formidable dans ce métier si cruel?
Un artiste : Viggo Mortensen qui, lors de la présentation de The Road à Toronto, a signé tous les autographes qu’on lui demandait en protégeant l’acteur qui jouait son fils. Nous étions très en retard pour la séance mais quelle classe. J’ai eu la chance de le recroiser cette année avec la super équipe de Cannes Classics, il nous a gentiment présenté son jeune partenaire et serré la main avec un plaisir communicatif. Un professionnel: Manuel Chiche de The Jokers et La Rabbia. Toujours professionnel, carré, sympathique, réglo, franc. Et on on aurait envie de parler cinéma avec lui pendant des heures, ce qui est bon signe, non?

Ce que vous avez fait de plus chaos depuis que vous faites ce métier?
Je dois tout d’abord tirer mon chapeau à Benjamin Roux, qui travaille à l’accueil de la salle Debussy durant du Festival de Cannes : lors d’une projection houleuse où il pleuvait à torrent, le public, nerveux et à cran, s’est précipité pour entrer par le centre sans respecter les priorités en vigueur. On ne voyait rien à cause de l’obscurité et du monde. Une spectatrice était en train de se faire piétiner sans que l’on s’en aperçoive. Benjamin a fait un saut dans la masse, a extirpé cette dame au sol d’une main et l’a remontée en repoussant ceux qui lui fonçaient dessus. Ce fut extrêmement impressionnant, à tous les niveaux. Quant à moi, pour ma première année à Cannes Classics, nous avions le documentaire The Go-Go Boys: The Inside Story of Cannon Films sur les producteurs légendaires Menahem Golan et Yoram Globus programmé avec une Montée des Marches. Il s’avéra que Menahem Golan était en fauteuil roulant, combattant jusqu’à sa dernière heure, si fier d’être à Cannes, accompagné de toute sa famille. Toute! Problème: nous n’avions été prévenus donc pas prévu de dispositif spécial. Au final, avec son fils et ses petits-enfants, nous avons transporté le fauteuil dans tout le Palais, sur la scène de la salle Buñuel et dans l’autre sens afin qu’il puisse repartir. Le temps nous était compté afin d’être à l’heure. Un moment chaotique, très émouvant..

A quel film ressemblera le monde de demain?
Quand je vois la violence qui entoure et les réactions agressives de nombre de mes concitoyens, j’ai plutôt envie de citer un film de science-fiction dystopique comme Rollerball de Norman Jewison. Après les jeux olympiques, cela me semble couler de source : du pain et des jeux pour bien faire oublier la pauvreté, le chômage, l’oppression.

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