“Offseason” de Mickey Keating, jeu de fausses pistes

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Présenté à L’étrange festival, Offseason de Mickey Keating (Carnage park, Psychopaths) est un film déceptif parce qu’il est rempli de signes qui peuvent laisser croire qu’il est ce qu’il n’est pas. Et en fin de compte, il est plus complexe que son apparente simplicité ne pourrait le laisser penser.

Pour commencer, le préambule, un film de vacances en super 8, est accompagné de la musique de Saint Saens (celle qui ouvre les projections de chaque film en compétition à Cannes), ce qui ne manquera pas de provoquer chez les habitués un irrépressible et trompeur réflexe pavlovien. Le film raconte le voyage d’une citadine à la suite d’une convocation lui demandant de se rendre d’urgence sur la tombe de sa mère (une actrice autrefois célèbre) qui vient d’être profanée. La fille se met en route avec son compagnon, flairant une embrouille: sa mère lui a toujours dit qu’elle ne voulait à aucun prix être enterrée sur cette île. Juste avant de traverser, le couple est prévenu que le pont reliant l’île au continent sera bientôt fermé pour l’hiver. Cette affaire d’insularité rappelle furieusement une situation similaire vue dans la série The third day, et on attend donc de pied ferme les développements folk horror. Mais c’est une fausse piste. Il y a bien une légende, racontée autrefois par la mère, selon laquelle les habitants de l’ile avaient conclu un pacte avec une entité qui leur garantissait la paix à condition de rester fidèles à l’endroit, mais la fille n’y croit pas.

En fait, elle découvre un lieu étrange, nébuleux et vivant, qui exerce un réel pouvoir sur ses habitants, lesquels ressemblent à des zombies. Il y a une seule route, mais elle mène partout et surtout nulle part. Quant au pont, même si elle peut le franchir, il est gardé par un cerbère qui lui interdit de retourner sur le continent. Il ne se passe pas grand chose, toutes les informations sont dévoilées très tôt, et la conclusion apparemment sibylline peut laisser perplexe. Le fait est qu’on n’a plus l’habitude de ce genre de film d’horreur à l’ancienne, qui, à la façon de Fog de Carpenter, repose moins sur les effets que sur l’atmosphère et la mise en scène pour entretenir le mystère, laissant au spectateur le soin de lire entre les images. Une hypothèse vient à l’esprit : à partir du moment où les personnages mettent le pied sur l’île, ils ne le savent pas encore, mais ils sont morts, et l’endroit n’est ni plus ni moins qu’une métaphore de cette réalité tellement abstraite qu’on refuse d’y croire, jusqu’au moment où on réalise qu’on ne peut pas y échapper. G.D.

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