Tremble, sélection officielle. Au sein d’une compétition qui peine jusque-là à mobiliser autour de projets fédérateurs, voilà qu’un film français autour d’un écrivain Pétain-addict vient absolument tout rebattre. Onze minutes d’applause dans un Grand Théâtre Lumière qui aura à peu près tout expérimenté le long de ces 2 heures 30 : du cringe manière The Office, du rire (car contrairement au Moulin de László Nemes, on se marre ici pas mal), une certaine dose d’inconfort, de l’effroi surgissant autour de small talks à première vue anodins, le tout compilé dans un merveilleux dernier plan teinte diaphane (un coloris qu’on cherche désespérément sur notre palette depuis le début de la Compèt).
Le film a tout d’un candidat sérieux à la Palme, et sa finesse d’écriture devrait réussir à lever certains doutes quant à sa capacité d’export : même un public non familier avec l’histoire française devrait pouvoir s’y retrouver et in fine retomber sur ses pattes. Nous sommes en septembre 40, et le régime de Pétain se met en place : l’esprit de jouissance libéré par le Front Populaire a tout fait dérailler et il s’agit maintenant de tout remettre à sa place. Henri Marre, 49 ans, débarque à Vichy sans le sou, loin de sa femme et de ses trois enfants, mais avec quelques exemplaires de son bouquin sous le bras : publié à compte d’auteur, Notre salut défend ses convictions patriotiques et ses méthodes d’ingénieur. À coup de courbes statistiques et de tableurs proto-Excel, l’homme (qui se présente comme un pionnier du management en France) expose sa méthode pour enfin relever le pays après cette défaite qui sonne comme une aubaine. Peut-être un moyen pour lui de prendre une revanche sur une vie intime déliquescente où tout respire l’usure et le « c’était mieux avant » (dans notre couple).
Les écrits de Chapoutot ne semblent jamais bien loin, et cet appel au retour des valeurs d’antan conjugué avec une technologie et un vocabulaire on ne peut plus modernes ne peut que saisir le spectateur de 2026. Chaussant justement ses bottes de mockumentaire, travaillé par une lumière blanche et agressive jetant une lumière crue sur toute une galerie de jeunes loups prêts à mettre leur soif d’efficacité au service de n’importe quoi, Notre salut ne cesse de faire dialoguer le pathétique et le grandiloquent, agrégeant Modiano, Bove, Arturo Ui et un grotesque administratif qu’on croirait sorti d’un tableau de George Grosz. Jusqu’à un point de bascule où l’on se rend compte que ce petit théâtre des vanités n’est plus drôle du tout (paille, pot de chambre et prix du carburant impossible à rationaliser venant siffler la fin de la récré). C’est vertigineux, et on est contents de se dire que pour une fois, entre ce film-ci et L’inconnue, on n’a pas l’impression de procéder à un abus langagier. Il y aurait encore des tas de choses à dire sur comment ce diable d’équilibriste qu’est Swann Arlaud réussit à provoquer une certaine empathie pour ce personnage passé à côté de sa vie, apportant ce trouble dont tant de personnages aujourd’hui décharnés manquent dans le cinéma historique. Ce sera une autre histoire dont on se reparlera de toute façon très vite…
| 30 septembre 2026 en salle | 2h 30min | Comédie, Historique De Emmanuel Marre | Par Emmanuel Marre Avec Swann Arlaud, Sandrine Blancke, Mathieu Perotto |



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