Démontée par la presse française pour sa vision prétendument atrocement clichée de la capitale française, la série Emily in Paris est le fruit de la collaboration logique entre Darren Star, créateur des cultes Sex and The City et Beverly Hill 90210, et Netflix. Les réseaux sociaux s’en sont mêlés et en quelques jours, ladite série est devenue la risée du net. Une réputation qui a attisé notre curiosité, forcément mal intentionnée.

Emily, une américaine d’une vingtaine d’années originaire de Chicago, part s’installer à Paris après avoir reçu une proposition d’emploi des plus inattendues. Elle doit apporter un point de vue américain à une agence de marketing française en difficulté. Evidemment, le choc des cultures se sent au sein même de l’agence, et Emily devra batailler pour s’imposer.

Il y a bien des années qu’on avait vu une production (cinématographique ou sérielle) accumuler autant de lieux communs sur la capitale parisienne. Darren Star n’est pas un spécialiste de la finesse, son CV ne peut le contredire. En effet, ses précédentes créations ne brillaient nullement pour leur portrait des métropoles dans lesquelles elles prenaient place. La vaste New-York était réduite aux avenues chics de Manhattan dans Sex and the City, tandis que Beverly Hills 90210, première fiction à succès du scénariste, portait en elle tout le programme de son œuvre future – pour rappel, Beverly Hills est une enclave de Los Angeles où s’agglutine le microcosme Hollywoodien.

Or, Emily in Paris est certainement sa création la plus radicale, dans le sens où Darren Star s’est évertué à transposer un Paris de carte postale et de clichés à une époque où ce fantasme n’a jamais été autant chahuté. Si le nom de Macron est sur toutes les lèvres (le président autant que la première dame, dont on aperçoit même la silhouette), la série parvient grâce aux pouvoirs de la poudre à perlimpinpin, à masquer tout élément faisant écho aux récents mouvements sociaux qui ont ébranlé la France, et dont Paris a longtemps été l’épicentre. L’esprit contestataire légendaire des français est à peine réduit à une blague nauséabonde.

Le Paris d’Emily se résume aux 4e et 5e arrondissements, et est étrangement déserté de toute personne non-blanche. Emily ne croise jamais de gens qui ne ressemblent pas à autre chose que des mannequins, et encore moins des SDF. L’absurdité d’un tel regard est cristallisé par la mise à l’écart de Notre-Dame de Paris, monument tant aimé par les parisiens et les touristes du monde entier, malheureusement dévoré par les flammes en 2019. Si on aperçoit les grues du chantier de réparation en arrière plan lors d’un bref instant, cette vision fait finalement le même effet que l’oubli d’une perche dans l’image. Un élément intempestif.

Taper sur Emily in Paris est tentant, et d’une certaine manière, légitime. Le cynisme dont fait preuve la promotion de Netflix et ses grandes affiches placardées dans le métro parisien – un autre grand absent du show – en est la preuve. Tout juste peut-on reconnaître à la série un certain esprit satirique savoureux dans la façon dont elle dépeint les parisiens comme des êtres monstrueusement arrogants et narcissiques. Toutefois, quel plaisir pourrait-on trouver à continuer à tirer gratuitement sur l’ambulance? Emily in Paris est une œuvre si superficielle et nigaude qu’on peut trouver une forme de divertissement dans la grossièreté du geste, son accumulation de clichés éculés et son humour pataud, parfois efficace, basé sur la confrontation entre deux cultures que tout oppose. Il faut d’ailleurs admettre que le casting est plutôt savoureux. On retrouve d’ailleurs les merveilleux Jean-Christophe Bouvet et Beatrice de Staël, qui incarnaient cette année le même personnage, Jean, dans les deux itérations de La Rupture, la dernière création poétique de Philippe Barassat.

On peut également trouver à Emily in Paris une profondeur insoupçonnée, et, très certainement, involontaire. Ce Paris déconnecté, comme en dehors du monde, existe d’une quelconque manière. C’est le Paris dans lequel vivent des hommes et femmes politiques qui pensent qu’un pain au chocolat coûte 10 ou 15 centimes, ou qui croient qu’on peut trouver un travail en «traversant la rue». M.B.

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