Cela peut sembler totalement aberrant aux lectrices et lecteurs de ce site, mais c’est bel et bien vrai : Lisa Kudrow est devenue une actrice chaos. Certes, c’est pour le moins « inattendu » d’attribuer ce qualificatif à cette comédienne dont on retient avant tout le personnage de Phoebe Buffay dans l’obligatoire sitcom-pour-paraître-cool Friends (on a le droit de n’y avoir jamais esquissé un sourire). Et qui, là, se trouve au cœur de Mon comeback, une série HBO qui a commencé en 2005, au sortir de Friends justement, en collaboration avec Michael Patrick King, scénariste de Sex and The City, et qui racontait déjà le passage d’une époque à l’autre (la sitcom à la télé-réalité comme divertissement majoritaire). La troisième saison vient d’arriver : si on n’a pas vu les deux précédentes saisons, a priori pas de quoi nous faire grimper au rideau sur le papier. Or, à l’écran, surprise, il s’agit d’un très étonnant festival d’humour caustique.
Le personnage que Kudrow incarne, c’est son double. Une actrice du nom de Valerie Cherish. Une ancienne star de sitcom (comme elle) qui cherche à rebondir en cédant à toutes les modes du moment (pas comme elle). Elle vient d’accepter d’être le premier rôle de How’s That?, une sitcom commandée par une plateforme de streaming à une intelligence artificielle. Un secret qu’il ne faut surtout pas révéler dans l’industrie, à l’heure où le fervent défenseur de l’artisanat Guillermo del Toro se fait applaudir en lançant des « fuck I.A. » : elle est en grande partie écrite par une intelligence artificielle, avec deux « créateurs humains » pour donner l’illusion d’êtres humains aux commandes.
L’ombre envahissante de Friends plane partout (cette saison se déroule dans le studio 24, où la série fut tournée, comme le révèle une plaque filmée), mais ce n’est pas l’intérêt, juste une manière de rappeler que la fausse Valérie n’est en réalité pas si loin de la vraie Kudrow, des petits signaux du passé qui poursuivent malgré tout. L’objectif de ce qui passe pour une autobiographie détournée, parasitée par la satire, c’est de passer en revue, à travers elle, tout ce qui dévaste dans l’industrie cinématographique actuelle qui est bel et bien paumée de chez paumée : la grève des acteurs et des scénaristes, le poids des si hypocrites apparences (ce petit rire que Kudrow/Valérie place à chaque moment malaise), les omniprésents réseaux sociaux et les podcasts sans invités pour rebondir, l’illusion d’être encore attendue comme une célébrité sur le tournage d’un film indé se déroulant dans un Ehpad, le publiciste frustré devenu manager à l’ego surdimensionné qui a enfin « son moment », les compromissions des connaissances et anciens résistants à l’IA qui retournent leurs vestes car l’époque-est-dure, la réunion Zoom avec des dizaines de participants aux jobs indéfinissables et aux prénoms oubliables…
Tout y passe. Et alors que tout donne envie de pleurer par rêves éteints et défaitisme face aux compromissions (Val Kilmer ressuscité en I.A., c’est pour bientôt), la super idée de Mon comeback consiste à dire que, finalement, la résistance passe par l’humour, comme lorsque la vraie Jane Fonda apparaît au restaurant du Soho House face à une directrice de casting aux abois, le temps d’une séquence hilarante. Et l’on serait bien sot de ne pas saluer la géniale auto-dérision de Lisa Kudrow, que l’on soit fan nostalgique de Friends ou pas du tout. Sur huit épisodes aussi désespérés que drôlatiques, ce saccage en règle des diktats de l’époque fait du bien.
Titre original : The ComebackCréée par Lisa Kudrow, Michael Patrick King Avec Lisa Kudrow, Laura Silverman, Damian Young Nationalité U.S.A. |
Titre original : The Comeback


