Survival urbain ayant marqué son temps, Les Guerriers de la Nuit avait été imaginé à l’époque par son réalisateur Walter Hill comme une odyssée, une «fantasy», littéralement plus proche du comics que du film de gang réaliste. À l’occasion d’une sortie dvd, le réalisateur signera d’ailleurs à la hâte une director’s cut incluant quelques tripatouillages façon cases de bédés bim-bam-boum dans l’espoir de se venger des limites imposées par les producteurs de l’époque. À la vue du résultat, on confirmera que certaines versions amenées sur le tard sont tous sauf une bonne idée (Lucas, Friedkin, on vous voit). Bien avant ce remontage gadget, le vieux briscard avait pourtant déjà pris sa revanche avec Les Rues de Feu, enterré à cause de son échec aux States, bravant la sobriété de The Warriors en s’inscrivant dans la mouvance pop de son époque. Hill y explorait d’une autre manière le cinéma d’action, qu’il aborda sous toutes les facettes imaginables au cours de sa carrière (le western, le buddy-movie, le survival urbain et rural, le film de boxe ou de gangsters). Les rues de feu s’y impose sans complexe comme le rejeton le plus extravagant du lot.

Un prince outsider, une princesse à sauver, un méchant très méchant. Rien que ça sur le papier. On y pose les têtes de Diane Lane, beauté divine qui sortait du diptyque voyou de Coppola (Outsiders & Rusty James); de Willem Dafoe, bad guy habillé de cuir et vinyle qui tâtait déjà du deux roues chez Kathryn Bigelow dans The Loveless; de Michael Paré, sexy bovin qui débarquait d’un film musical oublié (Eddie & the cruisers); et de Rick Moranis, qui n’était pas encore le grand timide loufoque des 80’s, endossant un rôle totalement à contre-courant de ce qui deviendra son personnage de cinéma récurent. La moins célèbre de la bande, Amy Madigan, y campe pourtant le personnage le plus intéressant de tout le film, une Calamity Jane tout en cambouis plus agressive et masculine que le héros lui-même. L’anecdote voudrait que ce rôle de sidekick était masculin à l’origine, avant de connaître un switch salvateur de la part de l’actrice. Trois ans avant la Velasquez de Aliens, une autre butch contournait les attentes du personnage féminin de second plan, ni objet de désir, ni créature en détresse… Par ailleurs, la sexualisation des frères ennemis (Paré torse nu en bretelle, Dafoe en tablier de cuir), la légère confusion des genres (du perso de McCoy à cette danseuse lascive et androgyne qui offre un show mémorable), la fantaisie entre Broadway et carnaval: il y a quelque chose de queer sans faire exprès dans l’air de ses rues enflammées.

Au carrefour des tendances, Streets of fire fait le plein de sans-plomb. Et que je te fous du vidéo clip acidulé, de la pochette de disque rockabilly et des néons bip-bip, tout cela annonçant parfois ce que deviendra la fameuse saga 16bits de Streets of Rage. Hill de son côté le considère comme son œuvre la plus romantique, mais aussi comme un western à moto, une relecture d’Hélène de Troie, un hommage à Jacques Demy et une fable rock & roll. Oui, tout ça. Action et Musical, osez osez. Pour les scènes autour de la belle Hélène, ça tape dans du pop-rock rempli de glucose (mais d’une efficacité à toute épreuve) pour embrasser les charts de l’époque. Pour le reste et pour satisfaire le côté rock de l’entreprise, Ry Cooder (tout juste échappé de Paris Texas de Wim Wenders) s’occupe très bien du reste. Évidemment très influencé par l’essor du clip (la scène de l’arrivée en ville, montée en alternance avec… un clip, on ne saurait faire plus explicite), le film éclabousse yeux et oreilles dès la première image.

Hill dégraisse, adopte une trame de western sans surprises (un renégat revient dans sa ville pour sauver celle qu’il aime et qu’il fuit), sépare bien les gentils des méchants, contourne tout excès de violence (de sa volonté, le réalisateur voulait absolument maintenir un esprit de fable tout public) mais case tout de même un strip-tease, des explosions de motos et un combat au marteau. À l’arrivée, on s’approche plus d’un exercice de style rutilant que d’un authentique film d’action, les scènes spectaculaires étant réduites au minimum, au risque de chagriner les amateurs. Ce qui prime dans Streets of Fire, c’est plutôt son casting qui roule des mécaniques, son esthétique fluo, sa romance «je t’aime moi non plus» et les scènes de concerts kitsch et endiablées qui donnent furieusement envie de battre la mesure. Très motivés, Hill et son scénariste avaient prévu de poursuivre les aventures de Tom Cody, le lonesome cowboy à mèche. Deux opus étaient prévus (The Far City et Cody’s Return), mais ne verront hélas jamais le jour (même si Albert Pyun s’amusera en 2008 à réaliser une atroce suite non-officielle avec Michael Paré du nom de Road To Hell!) C’est peut-être là la faiblesse de l’entreprise: sentir l’ébauche d’un univers réduit à un premier et dernier volet qui n’a pas tout dit.

Titre original: Streets of Fire
Réalisation: Walter Hill
Scénario: Walter Hill et Larry Gross
Musique: Ry Cooder
Sociétés de production: A Hill-Gordon-Silver Production, RKO Pictures & Universal Pictures
États-Unis
Genre: Action
Durée: 93 minutes
Sortie: 1984

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