Le jour où William Friedkin est devenu cinéaste

William Friedkin évoque son premier film: l’histoire d’un condamné à mort qui l’a initié au «pouvoir du cinéma».

Interrogé lors d’une masterclass sur The People vs. Paul Crump (1965), le réalisateur de 82 ans a raconté comment, au détour d’une soirée mondaine à Chicago, un aumônier de prison lui avait parlé du cas d’un homme promis à la chaise électrique, dont il était persuadé de l’innocence. Friedkin s’employa aussitôt à lui «sauver la vie», le condamné ayant épuisé toutes les voies de recours juridique. Il a alors détaillé dans un silence glaçant ce jour où pour préparer le film, il a assisté à une véritable exécution. Au final, Paul Crump fut acquitté. «J’ai pris ce jour-là conscience du pouvoir du cinéma», dit celui qui avait attrapé le virus du 7e Art à 21 ans, «sidéré» par une projection de Citizen Kane d’Orson Welles, où un ami l’avait convié: «De l’écriture au jeu des acteurs… tout était remarquable. Ce film a été ma porte d’entrée dans le monde du cinéma», raconte-t-il en citant également À bout de souffle de Jean-Luc Godard, comme l’un des films ayant selon lui «transformé» le cinéma. Z, de Costa-Gavras, confortera ensuite le réalisateur, qui aime privilégier les premières prises, dans son idée de nourrir ses fictions «d’une approche documentaire», comme lorsqu’il décortique trafic de drogue et méthodes policières dans French Connection (1971, Oscar du meilleur film): «Gene Hackmann était le dernier acteur auquel j’aurais pensé pour ce film. On s’est engueulé chaque jour sur le plateau mais ce fut l’un des plus beaux cadeaux que le cinéma m’ait offerts. Cette anecdote est l’illustration criante de mon génie!». Le casting donna lieu aussi à un quiproquo qui permit à Fernando Rey, l’un des acteurs fétiches de Luis Buñuel, d’obtenir à la place d’un autre le rôle d’un truand corse – une anecdote qui atteste, selon Friedkin, de l’existence de «dieux du cinéma». En 1973, c’est «comme un croyant», même s’il n’est pas catholique, que le cinéaste réalise L’Exorciste, un film à la bande originale aussi glaçante qu’une main froide posée sur la nuque. La suite, vous la connaissez tous…

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