Pour ce qui est du cinéma d’horreur indépendant, Larry Fessenden se pose là. Le cinéaste écrit, réalise et monte des ovnis un peu fauchés, toujours créatifs, dans lesquels il manipule librement les archétypes du genre – Frankenstein pour No Telling (1991) et Depraved (2019), la figure du vampire pour Habit (1997), ou encore une créature issue du folklore amérindien pour Wendigo (2001). Également acteur, le bonhomme aux allures de Pennywise fait figure d’iconoclaste, opérant depuis plus de trente ans dans les marges pour le plaisir d’une robuste communauté d’initiés.
Wendigo, son quatrième long-métrage, fleure d’emblée l’adaptation de Stephen King. Dans une ouverture programmatique à la Fais-moi peur ! (D.J. MacHale, 1990-1996), sur fond noir et thème musical merveilleux et inquiétant, on voit un Big Foot en plastique affronter une figurine de Robocop. Comme dans un pastiche téléfilm-esque de Shining (Stanley Kubrick, 1980), la caméra file ensuite une voiture sur une route sinuant entre d’épaisses rangées de pins enneigés, avec à l’intérieur papa, maman et leur jeune fils – Erik Per Sullivan de la sitcom Malcolm (Linwood Boomer, 2000-2006), qui ajoute non sans un léger « tonal whiplash » à la patine nostalgique des années 90.
Très vite cependant, la cinématographie se démarque avec une caméra portée presque fébrile, dont les zooms et les angles imprévisibles rappellent von Trier. Et avant même que cette petite famille de citadins ait atteint sa destination, un incident impliquant un cerf précipite les présentations avec un groupe de chasseurs locaux. Le patriarche, en particulier, sort tout ébranlé de cette confrontation qui, en rejouant le duel de figurines d’ouverture, le met face à une masculinité hostile et rétrograde. Mais sous l’influence des croyances autochtones et à travers les yeux de l’enfant, ce paradigme familier – auquel on doit des Chiens de paille (Sam Peckinpah, 1971) et autres Réveil dans la terreur (Ted Kotcheff, 1971) – prend la forme d’un rituel magique, animisme venu du fond des âges. Ajoutons à ça le grain du 16mm et un montage dont l’enthousiasme confine à l’hystérie : on obtient une curieuse fable de folk-horror qui tutoie, forme et fond, des chefs-d’œuvre de la trempe d’un Ne vous retournez pas (Nicolas Roeg, 1973).
Car à l’instar de Roeg, l’audace formelle de Fessenden n’empêche jamais la composition de personnages intelligents, profondément humains, révélés par des situations aux enjeux multiples et nuancés. Au sein du couple parental, surtout, on se touche et on se parle avec un naturalisme proche de celui, désarmant au point d’avoir été jugé impudique, qui caractérisait les fameuses scènes d’intimité de Ne vous retournez pas. Et comme dans ce dernier, le dramatique et l’ésotérique ne dialoguent pas en vain ici. Les conflits centraux – celui opposant l’individu civilisé à son homologue « sauvage » et celui qui se joue, à hauteur d’enfant, entre rationalité et croyances folkloriques – convergent pour faire de Wendigo une fable féérico-tragique sur la fin de l’enfance et la brutalité du monde des hommes.
1h 31min | Drame, Epouvante-horreur, ThrillerDe Larry Fessenden | Par Larry Fessenden Avec Patricia Clarkson, Jake Weber, Erik Per Sullivan |
1h 31min | Drame, Epouvante-horreur, Thriller


