Peu de réalisateurs peuvent se targuer de porter dans leur CV les titres de cinéaste, chaman, poète et peintre. Et oui, il n’y a pas que Jodorowsky dans la vie : il y a aussi Mario Mercier, qui scribouilla dès la fin des années 60 quelques ouvrages scandaleux qu’on se passait sous le manteau, grand pourvoyeur de surréalisme provocant, comme il était de bon usage à l’époque. Puis vint le cinéma : Les Dieux en colère en 1964, puis La Goulve en 1972, histoire de maléfices et de sorcière belle à se damner, traficotée alors par un producteur rêvassant à toujours plus de fesses.
En 1974, La Papesse passe à la vitesse supérieure : dans les plaines de l’arrière-pays niçois, un homme y délaisse sa femme apeurée pour entrer dans une secte aux pratiques sadiques. Tonnerre, la commission de classification s’arrache les cheveux, allant jusqu’à accuser le film d’incitation au crime et au fascisme. Tombé dans l’entre-deux de l’arrivée de Valéry Giscard d’Estaing (comme une certaine Emmanuelle), le film sera menacé de coupes avant de subir l’affront du X un an après, alors qu’il ne comporte aucune scène hard. Plus tard, Mercier manquera de se faire lyncher par le public d’un festival où il venait présenter le film ! Autant dire que cette Papesse a bien eu du mal à trouver un trône…
Un endroit « quelque part dans le monde et pourtant hors de lui » résume fort bien tout le théâtre hirsute et rocailleux où se joue le film de Mercier : l’époque elle-même importe peu. Pour rentrer dans les rangs de Géziale, sorcière cruelle et toute-puissante, le dévoué Laurent acceptera tout : la flagellation imbibée d’eau salée, les nids de serpents sur la tronche… et même de voir son épouse rendue à l’état d’esclave. Atmosphère ultra-sadienne, mais sans la joie de la jouissance : juste des corps malmenés, fouettés, marqués au fer rouge, ou même réduits à l’état d’animaux.
La mystérieuse Géziale n’y tiendrait d’ailleurs pas un rôle fictif, mais bien le sien : Mercier était allé dénicher cette adepte de l’occultisme, pratiquant quelques étranges cérémonies à l’écart du monde, y invitant aussi au passage quelques-uns de ses adeptes. Mais les visions de joutes sexuelles et mortelles, de sabbats endiablés et de tortures sont, rassurez-vous, évidemment bien loin de la réalité, plus proches de réunions mystiques plutôt pacifiques.
Mercier profite du passage à la fiction pour épicer les rituels et les situations, faisant croiser gladiateurs lubriques, apparitions de démons sexuels fluorescents, sacrifices de coqs, dégustations d’hosties couleur nuit ou accouplements nécrophiles au pied d’un gigantesque arbre mort. La Papesse ne cesse de slalomer entre fantasmagorie psyché, semi-mondo et réalisme magique. Ce qui pourrait être du racolage sorcier somme toute proche du cinéma d’exploitation de l’époque se distingue justement par la foi de son réalisateur : une forme de croyance et une sacrée dose d’humour noir qui déglinguent le ridicule qui menace.
| 23 avril 1975 en salle 1h 35min Epouvante-horreur De Mario Mercier | Par Mario Mercier |



