Gintoki, un samouraï engagé dans l’armée, découvre les corps de sa mère et de son épouse violées et assassinées. Il rencontre deux femmes qui leur ressemblent étrangement. Il s’avère bientôt que ces deux créatures sont les fantômes des défuntes qui cherchent à se venger… Kuroneko est un pur film fantastique qui s’inspire du folklore japonais autour des chats fantômes ou métamorphosés, qui avait notamment donné Le Manoir du chat fantôme de Nobuo Nakagawa en 1958. Un film de monstres et de maisons hantés, semblables à ceux que la Hammer produisait à la même époque. La version de Kaneto Shindo, réalisée 10 ans plus tard, s’éloigne de ce cadre gothique à la japonaise pour viser une forme plus abstraite, piochant à la fois dans le théâtre nô et dans la modernité de son époque représentée par Ingmar Bergman ou Roman Polanski. Par là même, il inscrit le film dans une tradition du film de vampire plus proche de l’horreur atmosphérique du Nosferatu de Murnau que des Dracula baroques avec Bela Lugosi et Christopher Lee. Le film s’ouvre sur une séquence glaçante, sans dialogue, où des samouraïs pillent une maison de campagne, puis violent et tuent ses deux habitantes. Deux chats noirs viennent alors sur le lieu du crime et lèchent les corps des victimes. Après une ellipse, on retrouve la bru, de nuit, en train de charmer un samouraï à cheval. Elle l’emmène dans la forêt, puis dans la demeure étonnamment luxueuse de sa belle-mère. Le piège se referme sur le guerrier après qu’il a été nourri et rendu ivre. Les fantômes mi-chat mi-femme se jettent sur le samouraï et lui suce le sang. Une introduction d’une grande beauté, presque sans dialogue et sans aucune contextualisation, au noir et blanc encore plus expressionniste et théâtral que dans Onibaba. La suite du film introduit un troisième personnage principal, le fils et mari parti à la guerre 3 ans plus tôt, et qui, à son retour, est fait samouraï. Kuroneko prend alors une trajectoire tragique inattendue. De film d’épouvante, il passe au mélodrame fantastique, sur fond d’histoire d’amour et érotique impossible entre un samouraï et le fantôme de sa dulcinée, puis se clôture sur un final aussi étrange que cruel.
« La Malédiction des femmes-chat », une analyse de Stéphane du Mesnildot, spécialiste du cinéma japonais (2023, 7’)Portrait de Nobuko Otawa par Pascal-Alex Vincent, cinéaste et spécialiste du cinéma japonais (2023, 18’) Bande-annonce |
« La Malédiction des femmes-chat », une analyse de Stéphane du Mesnildot, spécialiste du cinéma japonais (2023, 7’)


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