#ECRITURE ET TOURNAGE
«L’écriture peut être un piège, surtout en France, où on donne l’argent en jugeant sur l’écriture. Aux Etats-Unis, on prend aussi en compte le réalisateur et les acteurs. Le scénario n’est qu’un outil, alors qu’en France il y a encore une sorte de romantisme littéraire attaché au script. Le fait est qu’il doit faire ressentir toutes les intentions, la mise en scène. Et lorsque j’écris, j’essaie de mettre tout ça dedans. Mais à l’épreuve du feu, c’est une autre histoire. Parfois, mes intentions qui étaient belles sur le papier, se pétaient la gueule dans la réalité. C’est arrivé dans la scène du tunnel, la seule qui n’ait pas été tournée en décor naturel. C’est un décor de studio qui avait été utilisé pour The Walking Dead au studio Fox, là où a été tourné Titanic. Donc on a loué ce tunnel et on l’a transformé en fonction de nos besoins. C’était la première fois que je tournais dans un truc artificiel. J’avais écrit la scène dans un esprit symbolique, mais je suis tombé sur un double problème. Si j’écris quelque chose de très symbolique et que je vais le tourner comme Kenneth Anger dans un endroit que je connais bien, très vivant, avec une longueur d’onde que je ressens bien, pas de problème. Quelque chose va surgir de la confrontation de l’artificiel et du réel. Alors que là, je me retrouve devant une forme de cinéma très artificielle, et un endroit tout aussi artificiel avec zéro longueur d’onde. Pour moi, c’est un problème et je le découvre ce jour-là. A l’écriture, j’étais bien, mais sur le tournage, pour la première fois de ma vie, je ne sais pas comment dire aux acteurs ce qu’ils doivent faire. J’étais fatigué, c’était la 5ème semaine, je sortais d’une nuit blanche parce qu’il y avait eu une fête à l’hôtel, je n’en pouvais plus, mais je ne voyais pas l’énergie dans l’œilleton, je ne trouvais pas le cadre. Sentant un flottement, les acteurs en ont profité pour se disputer entre eux, et ça s’est retourné contre moi. Paul m’a dit «arrête de stresser, trouve un autre truc». Je lui ai dit que je ne pouvais pas filmer si je ne croyais pas ce que je voyais. On a fait une pause, mais je ne trouvais toujours pas. L’idée, c’est que Topo devait faire semblant de vouloir être tué. Mais ça ne marchait jamais. Je savais que si je loupais cette scène, je serais ridicule. Et alors, un miracle est arrivé. Je me suis mis derrière le combo, et j’ai dit: «On va faire un vrai combat, vous vous précipitez l’un sur l’autre, et l’un est plus rapide que l’autre et basta». Comme dans un film de samourai. Donc ils y sont allés, c’était ma dernière chance, tout était gris, et d’un coup par la droite, j’ai vu Paul surgir avec l’omoplate saillante comme une espèce d’insecte, et là, j’y ai cru! Comme pour la scène où il tue le chien. On avait trouvé le cadre, l’énergie était là, et on a sauvé la scène. Et aujourd’hui, je la trouve belle.»