#MEXIQUE
«L’expérience de Tijuana remonte à plus de dix ans. J’y vais tous les ans, pour des périodes variées allant d’un à quatre mois. Pour le film, j’ai dû y passer douze mois, entre 2017 et 2018. L’expérience m’a permis de faire les rencontres que je souhaitais, tout en satisfaisant mon intérêt pour le monde voyageur. J’y suis parti une première fois vers 2006 à Monterrey, où j’ai fait un documentaire sur les combats de chiens. Etant tombé amoureux du Mexique et des Mexicains, j’y suis retourné un an et demi plus tard, pour essayer de trouver un équilibre entre l’humain, le sacré, la foi. Par exemple, pour les combats de chien, on attend quelque chose d’univoque, dur, violent, avec des gens un peu bêtasses, ce qui est le cas la plupart du temps. Ils se servent de l’animalité pour un tas de raisons discutables, et pourtant, je suis tombé comme par hasard sur un couple qui n’a parlé que d’amour avec leurs chiens. Un jour, alors que la mère venait de donner naissance à son premier enfant, la chienne qui faisait des combats a eu des problèmes de montée de lait, et ses chiots risquaient de mourir. Et donc, à l’inverse de la louve romaine, le femme a allaité les chiots. Et pour eux c’était le sommet de l’amour, et ça n’avait rien à voir avec du bluff. C’est un étrange pays, où Eros rencontre en permanence Thanatos, le plus naturellement du monde. Dieu au sens large, ou le diable, sont là au quotidien. Cela me parle, moi qui ai du mal à séparer les choses: soit tu vois le monde d’un point de vue purement rationnel et il manque toujours quelque chose, soit tu vois tout du point de vue de la religion, au point où l’humain peut disparaître. Donc je suis très à l’aise à Tijuana, où tout devient possible, le réel rencontre l’irréel.»