#LES MARMITES
«Je cite souvent Térèse d’Avila: «Dieu marche entre les marmites». Si tu veux trouver Dieu, tu ne vas pas forcément le trouver à l’église. Il y a plus de chances de le trouver entre deux gamelles qui chauffent pour nourrir la famille ou les amis. Comme dans Accatone de Pasolini. Avant la fin, ils vont tous se faire des pâtes chez une nana assez sympa. Ils ont trouvé enfin la magie, une vraie solidarité. Ils ne sont plus des vilains petits macs de merde, c’est juste une bande de gars affamés, heureux et souriants à la simple idée d’une plâtrée de pâtes que leur sert une maman. Un autre film qui illustre cette idée est Wanda de Barbara Loden. C’est l’histoire d’une nana qui est un peu comme les filles de Tijuana. Elle n’est pas prostituée, mais elle flotte au-dessus du sol, comme beaucoup de femmes américaines après les années 50 qui cherchent à échapper à trop de réel. Elle rencontre un mec qui est son opposé. Il est feuj, a raté sa vie, et faute de savoir quoi faire pour exister, il est tout le temps névrosé, acariâtre, méchant, et un jour, elle le rencontre dans un bar, alors qu’il est derrière en train de voler la caisse, et ils partent ensemble. A un moment, ils vont au restau et il ne bouffe même pas ses pâtes. Au contraire, elle trouve le moment formidable, parce qu’ils sont un homme et une femme en train de partager un repas dans une situation normale. Et typiquement, il ne s’en rend pas compte. Je suis parfois un peu comme ce type d’homme, incapable de savoir saisir les choses dans le présent. Moi, mon seul talent, si j’en ai un, c’est d’essayer de rencontrer des gens comme ça qui me l’enseignent un peu. En tout cas, ça me soulage de les voir faire. Ce qui nous ramène à Tijuana Bible, avec ce mec un peu dans la merde, qui rencontre cette fille, par un hasard de vie. Et il va s’épauler avec elle comme il s’est épaulé avec ses potes à l’armée. Il n’est pas motivé par le désir, ou par le sexe, mais parce qu’il a retrouvé ce qui lui manque le plus.»