#SUJET
«C’est vrai que beaucoup de choses incitent à se demander quel est le sujet du film: les Américains, les Mexicains, les déportés, le bunker, les soldats? Pour moi, c’est un road movie comme Apocalypse Now qui parle du Vietnam, mais nous fait passer par une quantité de chemins de traverse, les playmates, etc…. Il n’y a pas que les combats. Et plus Willard poursuit Kurtz, et plus il devient Kurtz comme par un effet de miroir. J’ai essayé de faire un peu la même chose avec Tijuana. L’histoire est la même: un marine avec un passeport ricain va partir contre son gré, à la recherche d’un autre marine, qui lui est mexicain, et qui a été lourdé des Etats-Unis. Ils vont se rejoindre, chacun laissant tomber son couteau, avec un effet de miroir. C’est ça que je cherchais pour définir Tijuana qui est le vrai sujet du film: la ville est un miroir tendu aux Américains. Quand ils ne peuvent pas avoir d’alcool, de putes et de dope chez eux, ils vont chez le voisin d’à côté, non pas pour consommer ce qui est mexicain, mais ce qu’ils ne peuvent pas avoir chez eux. C’est leur vision du monde: Ils ne voient pas l’autre, donc l’autre est toujours obligé de se maquiller, de se faire plus Marylin que nature, tout ça pour plaire au gringo. Il n’y a aucune méchanceté chez eux, plutôt de la naïveté, ils ne peuvent consommer que ce qui est américain. Ils mettent une couche d’image sur les choses, comme le cinéma le fait sur le monde entier. Ils disent l’Europe c’est ça, l’Afrique c’est ça. Et Tijuana, ce n’est qu’un putain de décor, et derrière, il y a tout un tas de gens qui quittent leurs sapes théatrales sans jamais se plaindre. C’est un endroit où il y a beaucoup de cœur, mais l’amour est une nécessité vitale. Et c’est pour ça que j’y vais. Pas parce que je m’y sens égal, ça n’est pas vrai, j’ai un billet d’avion de retour, mais il y a un moment où je me sens bien.»