#PARCOURS
«Habituellement, je dis que j’ai fait une école d’art, mais c’est la première fois que je précise que j’ai débuté dans la mode. Avant, j’avais l’image du mec qui était allé chez les gitans, et c’est vrai que je vais un peu là où ça tire et où ça cogne, mais il n’y a pas de raison de ne pas assumer quelque chose qui fait partie de ma vie. Mon premier film donc, c’était une commande, sur le thème de la tendance du moment. C’est chiant normalement, tu filmes un défilé, des bouts de tissu épinglés sur un mur, et ça passe en boucle au Japon sur des moniteurs dans des boutiques, pour dire voilà ce que fait Lanvin cette année. A cette époque, je bossais pour Morloti qui avait sa propre griffe et était couturier pour Lanvin homme et femme. J’étais assistant, le pote qui m’avait amené faisait des sculptures, et le petit ami de Morloti devait être journaliste et il avait une caméra Sony pro HI 8. Il me l’a prêtée en m’expliquant son fonctionnement. J’avais rapporté des très beaux pigments de toutes les couleurs, Morloti m’avait prêté des bas de chez Lanvin en soie et j’avais ramené des billes et des calots. J’ai mis les billes dans les bas avec les pigments, j’ai fait un éclairage (pour la première fois de ma vie), et j’ai pris la caméra comme une espèce de vaisseau spatial, et je passais entre les objets comme si je venais du ciel. Ça a été une révélation pour moi; dans un film, je pouvais tout mettre: du dessin, des objets, un certain rapport au monde, et tout d’un coup, tout était assemblé. Et le fait de porter une caméra et de me tourner vers l’autre me faisait oublier mon corps. En respirant avec la caméra pour éviter de trembler, j’ai trouvé un nouvel équilibre. Donc le cinéma pour moi, c’est faire d’abord faire des images et ça permet de se libérer momentanément d’un certain nombre de problèmes avec soi-même.»