« Hellraiser Revival » de Clive Barker : la perversité baroque et sanguinolente de l’auteur dans un jeu d’horreur solo aussi brutal que décadent

Si, en dehors de ses auto-adaptations, Clive Barker a rarement eu beaucoup de chance au cinéma, le jeu vidéo lui a, en revanche, souvent souri : bien que quelque peu oubliés, Clive Barker’s Undying et Clive Barker’s Jericho avaient confirmé que les visions délirantes de l’auteur anglais se prêtaient fort bien à la sphère vidéoludique, chacun dans une approche très différente (un délire lovecraftien old-school pour le premier, un actioner gore pour le second). Alors qu’entre-temps, les imitations et les hommages n’ont pas manqué (citons la déception Agony ou les deux volets de la série Lust, avec Lust for Darkness et Lust from Beyond…), n’était-il pas temps de faire revenir le bougre sur nos écrans ? La mode étant au portage des classiques de l’horreur (Vendredi 13, Killer Klowns, Halloween, Massacre à la tronçonneuse…), Hellraiser passe à l’échafaud et, pour une fois, pas pour du multi. Enfin !

Pitch simple : un ancien toxico, Aidan, joue un peu trop avec la Lament Configuration, le légendaire cube permettant l’invocation des cénobites, et provoque l’enlèvement de sa bien-aimée Sunny, désormais prisonnière des enfers. La vérité, moins manichéenne, dirait que le couple jouait imprudemment avec l’artefact en pleine séance de jambes en l’air et que la kidnappée ne semble pas spécialement gênée d’avoir atterri entre les mains des cénobites. Capturé par une secte sadomasochiste pas très au fait de la notion de consentement, Aidan va d’abord se débattre pour sa vie, avant de tenter de sauver sa petite amie. Mais en a-t-elle vraiment envie ?

Le côté très « in your face » (le jeu s’ouvre sur une scène de sexe BDSM, et le premier contact avec le gameplay oblige le joueur, entièrement nu, à arracher à vif clous et sutures de son habit d’Adam), confirme que Barker, même de manière minime, a laissé sa marque sur l’écriture. On dirait presque qu’il se venge ici de trente ans de suites bidons et aseptisées. On mettra dans le même panier le reboot de 2022, qui faisait la part belle aux belles images tout en oubliant la perversité de l’œuvre originale. Saber Interactive a décidé de jouer la carte du jeu edgy et adulte, avec nudité frontale, visions de corps harnachés et de muscles suppliciés à la pelle, le tout dans une atmosphère qui invite à la décadence extrême. Nous voilà à parcourir des palaces et des boîtes de nuit jonchés de préservatifs, de mouchoirs usagés et de godemichets ; il n’est pas rare non plus de croiser une victime très contente de son sort. Certains y verront de la provocation à la petite semaine, parfois un poil trop hétéronormée, il est vrai. Mais voilà des décennies qu’on nous prive d’un Hellraiser baroque et cochon : inutile de bouder notre plaisir.

S comme sexy, d’accord, OK. Mais ensuite ? Très nerveux, Hellraiser: Revival conditionne vite le joueur à une structure linéaire, mais pas désagréable : on alterne entre des phases d’infiltration et d’action très violentes, et des séquences de die and retry plus sèches dans le labyrinthe infernal, celui-là même aperçu dans Hellraiser 2. L’occasion, pour les fans de la première heure, d’arpenter cet enfer brutaliste reproduit dans ses moindres détails, avec, bien évidemment, le gang de cénobites originel enfin exploité à bon escient. Outre Pinhead, toujours érigé en maître de cérémonie, Chatterer se mue en chasseur terrifiant, tandis que Deep Throat transpire d’une onctuosité dont les films nous privaient honteusement.

Plus le jeu avance, plus les environnements hostiles et sinistres défilent. En particulier lors d’une longue séquence en extérieur, qui nous fait parcourir un cimetière gothique et un parc à l’abandon : l’inspiration FromSoftware n’est pas loin, jusque dans le design de certains boss (l’arachnéenne Charlotte ou les « Câlineurs »). Mais on vous chuchotera volontiers que Barker était là le premier… L’influence de BioShock (les intérieurs Art déco craspecs, les pouvoirs délirants offerts par le cube, qui évoquent ceux des plasmides) ou même de Resident Evil (nuées de zombies décharnés, arsenal de plus en plus bigger and louder, présence d’une zone marchande, sceaux à clipser sur les portes fermées) n’est pas à écarter non plus, sans que cela trahisse pour autant l’esprit Barker. Quand l’action ne nous prend pas par le col, on se laisse happer par les ambiances et les textures, qui rendent justice à l’équilibre attraction/répulsion si cher à l’auteur. Rien n’est laissé au hasard : les nombreuses natures mortes gores rencontrées rappellent son travail pour McFarlane sur les mémorables figurines Tortured Souls, tandis que le look du personnage principal constitue un joli clin d’œil à celui du héros de Nightbreed. C’est dire le plaisir monstre que ressentiront tous ceux qui ne se sont jamais lassés d’entendre tintinnabuler les chaînes de l’enfer. Osons le dire : c’est sans aucun doute ce que la licence a connu de mieux depuis le second film…

Clive Barker’s Hellraiser: Revival est sorti le 8 octobre 2026.
Il est disponible sur quatre plateformes : PC — Steam, PlayStation 5, Xbox Series X|S, Nintendo Switch 2

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