Halloween 2026 : entre jeux Flash et weird games, voici les traumas vidéoludiques des Internets

Pour votre soirée Halloween de ce week-end, que diriez-vous, au milieu de votre double programme favori (pour nous ce sera Castle Freak / Les Yeux sans visage), d’une petite aération vidéoludique ? Plus que jamais en cette période de sprint pré-GTA VI, les éditeurs ont abondé les stores de nouveautés alléchantes pour satisfaire vos envies de trouille, des excellents Clive Barker’s Hellraiser: Revival et Penguin Colony, chroniqués récemment, aux non moins attrayants Silver Pines, End of Abyss ou Tenebris Somnia. Il y a le choix ! En complément de ces sorties commerciales, nous vous avons préparé un petit programme hors des sentiers battus, qui plonge tout droit dans nos pires traumas vidéoludiques alternatifs. La sélection retrace vingt de chaos Internet bizarre et dérangeant, des jeux Flash accessibles depuis des sites aux URL suspicieuses (mais sécurisées, promis !) jusqu’à l’émergence des weird games sur la plateforme itch.io. Éteignez la lumière, bienvenue dans l’enfer des Internets interactifs.

Exmortis
Comment commencer autrement cette sélection que par le jalon absolu en termes de jeu d’horreur Internet, Exmortis ? Publié le 27 août 2004 sur la plateforme Newgrounds, ce point-and-click reposant sur des montages photographiques cradingues et de simples effets visuels a ouvert à lui seul une époque florissante pour le genre. Avec son image désaturée et marronnasse, son ambiance glauque et ses dérapages gores affreusement graphiques, Exmortis est devenu le plus influent des jeux Flash de l’époque, inspirant jusqu’à un Resident Evil VII. Son auteur, l’Australien Ben Leffler, se dit lui inspiré par The Evil Dead et Hellraiser ; ce qui commence comme une histoire de maison abandonnée au fond des bois vire en effet rapidement à une horreur ésotérique à la profondeur plus poussée qu’il n’y paraît. Si vos nerfs répondent toujours à la fin du jeu, sachez que Leffler a produit deux suites, Exmortis 2 et Exmortis 3, montant d’un cran en qualité de production.
Gratuit, jeu Flash jouable dans votre navigateur.

The Grudge
Associé à la campagne promotionnelle du remake américain du film The Grudge, ce jeu éponyme est une tentative assez passionnante de produire un jeu d’exploration en FMV, le tout dans un espace restreint. Le joueur s’y retrouve coincé dans un immeuble creepy et doit chercher un certain nombre de billes, cachées dans les recoins de pièces réellement photographiées que l’on préférerait laisser de côté. Si la peur vient avant tout de screamers bien putassiers et que le jeu n’évite pas un petit côté train fantôme, il faut souligner, en plus du travail sur le son, la nature expérimentale d’un tel labyrinthe imagier. La navigation au milieu de ces nombreuses pièces délabrées et suintantes se révèle complexe et déroutante, si bien que l’on tourne rapidement en rond, perdu dans un espace qui semble se jouer de nous. The Grudge rappelle aussi une époque révolue où l’intérêt d’Hollywood pour les jeux vidéo pouvait produire au détour d’une simple promo de tels petits bijoux.
Gratuit, jeu Flash jouable dans votre navigateur.

Purgatorium
Récréation halloweenesque produite par Ben Leffler entre la sortie d’Exmortis 2 et 3, Purgatorium n’a pas l’ambition (ni la longueur) de la série principale de son développeur. Mais ce jeu Flash joue sur le même réalisme visuel que son vénérable aïeul, contenu cette fois au sein d’un tableau en mutation. Au rythme des clics du joueur, l’ordinaire y cède la place aux ténèbres, jusqu’à l’indistinction. Et oui, le lit de bébé occupant une bonne partie de l’image cache bien un traumatisant dormeur…
Gratuit, jeu Flash jouable dans votre navigateur.

September 1999
Expression synthétique de ce que le genre de la VHS horror a pu produire de meilleur sur Internet, September 1999 est une très courte expérience de 5 minutes 30 précisément. Le jeu est en effet rythmé de manière pré-programmée, sautant sans prévenir de tapes en tapes, étalées sur plusieurs journées du mois de septembre 1999. Dans chacune de ces cassettes, le joueur se déplace à l’intérieur d’un appartement barricadé en tentant de faire sens des événements s’y déroulant. Comme une hybridation entre la tradition esthétique des jeux Flash et les courts métrages de backrooms réalisés par Kane Parsons sur Blender, le jeu arbore un hyper-réalisme bluffant, donnant la sensation de réellement se mouvoir à l’intérieur d’une VHS. L’aspect pré-programmé de l’ensemble crée un beau sentiment d’inéluctabilité, faisant en apparence du joueur le témoin impuissant d’une tragédie horrifique imminente. Mais le jeu est un trompe-l’œil : la fin, qui a fait couler beaucoup d’encre, retourne le principe du found footage sur lui-même, non sans faire penser au récent Milk & Serial d’un certain Curry Barker…
Gratuit, téléchargeable gratuitement sur itch.io ou Steam.

please
Anticipant les jeux narratifs expérimentaux en vue à la première personne dont raffole l’éditeur CRITICAL REFLEX (Mouthwashing, THRESHOLD), please est un court jeu d’horreur construit sur le modèle de la boucle temporelle. À chaque fois que vous vous réveillez, vous trouvez glissée sous la porte de votre appartement une photo, présentant un appareil mécanique à activer. Au dos, le même mot, inlassablement griffonné : « please ». L’idée est aussi accrocheuse narrativement que mécaniquement, chaque boucle vous voyant sortir de votre appartement pour arpenter les couloirs d’un bâtiment industriel à la recherche de l’appareil en question. Mais pourquoi donc obéir, et quelles en seront les conséquences ? L’horreur du jeu se cache d’abord dans le poids politique qu’il fait porter aux actions du joueur, dont la charge se comprend via des éléments de worldbuilding malins. Le son, extrêmement fort (il faut jouer ainsi, c’est le développeur qui vous le demande !), achève d’imposer une atmosphère inoubliable.
Payant (1,99 dollars), téléchargeable sur itch.io. Également disponible sur Steam dans un bundle comprenant également la suite du jeu, Please Follow (3,99 euros).

Water Womb World
Petite pépite de weird game, ce point-and-click lovecraftien ne cherche pas la frayeur facile mais celle, plus profonde, venue de nos abysses intérieures. Son développeur, l’excellent Yames, désigne son jeu comme de « l’aqua-catholicisme » : voilà une merveilleuse manière de décrire ce dont il est question, puisque vous incarnez un prêtre-scientifique parti en mission dans une station sous-marine pour découvrir les origines célestes de l’humanité. C’est que la théorie darwinienne est ici quelque peu malmenée, et que les êtres aquatiques dont nous descendons ne sont pas tout à fait ceux que l’on croit. Avec ses teintes flashy et ses superbes visuels en dithering, le jeu émane d’une beauté mortifère, disséminée au sein de différentes séquences (un mini-jeu de pêche, l’examen des mutations corporelles du personnage, l’analyse d’éléments récoltés) qui apportent à la quinzaine de minutes que dure le jeu une diversité remarquable.
Gratuit, téléchargeable gratuitement sur itch.io ou Steam.

Maple County
On vous parlait cet été de The Mandela Catalogue, le prochain phénomène YouTube horrifique à être porté au cinéma, après les réussites de Curry Barker et Kane Parsons en la matière. C’est de cette web série dont se revendique Thorne Baker avec Maple County, reprenant à son compte l’idée d’un comté américain envahi par des entités métamorphes. Se dissimulant d’abord sous des traits humains, ces dernières peuvent sporadiquement montrer les signes de mutations grotesques au visage, permettant alors de les identifier. Pour porter cet univers, le développeur a fait le choix judicieux d’un genre indissociable de la culture Internet, l’analog horror, reposant sur le mimétisme d’une interface informatique. L’interface en question est ici un test à destination de la force de police du comté de Maple, chargée d’identifier les fameuses mutations faciales au sein de la population. Ce qui commence comme un quizz creepy déraille vite vers d’autres horizons horrifiques, dont l’exécution laisse admiratif et tremblant.
Gratuit, téléchargeable gratuitement sur itch.io ou Steam.

Children of Clay
Si Children of Clay a gardé quelque chose de l’époque Flash, c’est un réalisme qui ne doit rien au hasard : son développeur, Balazs Ronyai, a animé entièrement en stop motion la statuette au centre de l’histoire. Posée sur votre bureau, celle-ci peut être tournée dans tous les sens et inspectée à l’aide d’une loupe afin d’en découvrir l’histoire et l’origine. Rapidement, les premiers indices apparaissent, et laissent envisager une occulte histoire de folklore hongrois. À la manière d’un jeu à la Sam Barlow, le joueur est laissé tout à fait libre d’avancer dans cette enquête à son rythme, en recherchant les mots qui l’intéressent dans une encyclopédie. Le jeu excelle dans son rythme, jouant d’abord la carte du jeu d’enquête atmosphérique, avant de transformer son environnement en une chasse d’une toute autre nature. Une terrifiante merveille.
Gratuit, téléchargeable gratuitement sur itch.io ou Steam.

Précédemment chroniqués sur Chaos Reign
IKAPALI – Un home invasion à l’envers, trouble et profondément dérangeant
Les jeux horrifiques de Dan McGrath – Du body horror à snacker, par l’un des maîtres contemporains du weird game horrifique !

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