« Fritz the Cat », « L’Impitoyable lune de miel », « Tarzoon, la honte de la jungle »… Avant « Jim Queen », de la bonne animation pour adultes

Longtemps considéré comme grand public malgré les nombreuses allusions coquines et retorses (revoyez les flopées de Betty Boop ou de Tex Avery pour vous en convaincre), le dessin animé façon cartoon a bien mis une soixantaine d’années avant de péter un câble et d’aller dialoguer ouvertement avec son public adulte dans les salles obscures : voilà cinq gros bouts d’animation au format long, sans chichi ni tabous, pour vous préparer à la sortie de Jim Queen !

Fritz the Cat (Ralph Bakshi, 1972)
Adaptation d’une bande dessinée déjà bien sulfureuse en son temps, et premier véritable long métrage d’animation « pour adultes », Fritz the Cat fut aussi l’occasion pour Ralph Bakshi, grand habitué des films d’animation ambitieux et casse-gueule, de mettre enfin le pied à l’étrier. Robert Crumb, créateur initial du chat scandaleux, détestera ouvertement cette adaptation, notamment son radicalisme politique, qu’il ne trouvait pas assez à gauche à son goût. Bien évidemment, l’adaptation n’est pas parfaite : le résultat est ouvertement chaotique, bricolé, daté… mais il n’en reste pas moins un formidable brouhaha de son époque (partouze estudiantine dans une baignoire, virée à Harlem, trip psychédélique, détestation du système policier…) toujours aussi décadent.

Tarzoon, la honte de la jungle (Picha & Boris Szulzinger, 1980) 
C’est la Belgique et la France, main dans la main, qui succéderont au félin de Bakshi dans la catégorie « dessin animé interdit aux moins de 18 ans ». Un Tarzan impuissant et gauche, plus proche de Gaston Lagaffe que du personnage de Burroughs (dont les héritiers intentèrent un procès au film !), doit fatalement délivrer Jane, prisonnière d’une reine maléfique dotée de quatorze seins mais pas foutue de choper une bonne perruque. Le résultat valdingue entre gags visuels à la Tex Avery et grosse potacherie qui, sans surprise, n’a pas toujours bien traversé le temps. Une énergie bien grasse, parfois sauvée par un super doublage (Paula Emmanuel ou Roger Carel, bravo à eux) et des moments toujours aussi WTF (avez-vous déjà vu un ballet de bites nazies ?). Picha persévérera dans le genre avec d’autres titres moins remarqués tels que Le Big Bang ou Le Chaînon manquant, avant de se diriger vers les programmes jeunesse avec l’excellent Zoo Olympics (diffusé dans le défunt programme Cellulo).

L’Impitoyable lune de miel (Bill Plympton, 1997) 
Ce n’est absolument pas ici le premier coup d’essai du génial Bill Plympton qui, en plus d’une myriade de courts métrages (comme les chefs-d’œuvre Your Face ou Plymptoons), avait également signé le très mélancolique The Tune. Mais en illustrant un couple en crise qui devra faire face aux pouvoirs surnaturels incontrôlables de monsieur, il livre le meilleur de lui-même : du gore lyrique, des chansons désopilantes, du cul polymorphe (incroyable scène de sexe où tous les objets de la maison se mettent à accompagner le couple ravi), un trait de crayon rageur reconnaissable entre mille. Génial et indémodable.

South Park, le film (Trey Parker & Matt Stone, 1999) 
Le duo infernal (qui avait déjà signé les géniaux Cannibal! The Musical et Captain Orgazmo) n’a pas attendu longtemps avant de balancer sa série phare sur grand écran (là où Les Simpson ne se l’autoriseront que vingt ans plus tard !). Résultat : un énorme épisode où le Canada déclare la guerre aux États-Unis et où l’on découvre que Saddam Hussein vit une romance toxique avec Satan en enfer ! Si la série continua son bonhomme de chemin et se permit d’aller encore plus loin, cet épisode supplémentaire pensé pour les salles n’a absolument rien perdu de son mordant. Son entrée dans le Guinness des records pour son nombre de jurons en est une preuve parmi d’autres !

Sausage Party (Conrad Vernon & Greg Tiernan, 2016) 
Puisque Pixar a donné conscience à tout et n’importe quoi (jouets, insectes, émotions, robots…), pourquoi pas à la bouffe ?! Splendide attentat industriel confectionné chez Sony par d’anciens grigous de DreamWorks, Sausage Party pourrait se poser comme l’équivalent, dans l’animation CGI, de ce que fut Fritz the Cat pour l’animation traditionnelle. La vie des aliments en supermarché (??!!) donne l’occasion de mêler aventure, horreur (une poire à lavement maléfique « vampirise » tout ce qui lui passe sous la main), parodie (on est clairement sur un détournement gluten de Toy Story) et surtout porno gourmand, avec une scène finale de partouze alimentaire qui avait fait beaucoup parler d’elle. Et ça vaut bien n’importe quels skibidifruits à la noix…

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