Festival de Venise : Carnage de Roman Polanski, W.E., de Madonna.

Roman Polanski adapte Yasmina Reza et fait se disputer Jodie Foster, Christoph Waltz, Kate Winslet et John C. Reilly (Carnage); Madonna espère encore faire du cinéma (W. E.)…

Il y a quatre ans, Madonna nous gratifiait d’un peu mémorable Obscénité et Vertu dans lequel elle évoquait son parcours à travers trois personnages marginaux sans faire l’ombre d’une apparition. W. E. semble plus lui tenir à cœur. Déjà parce que c’est un véhicule pour Alek Keshishian, son grand ami et réalisateur de In Bed With Madonna, qui a cosigné le scénario. Ensuite parce que l’ambition consiste à parler du rôle des femmes dans la vie des hommes sur quasiment un siècle, avec en particulier deux cas de figure, à deux époques distinctes : Wallis Simpson (Andrea Riseborough) femme d’Edouard VIII et une épouse mal mariée (Abbie Cornish). Un éloge féministe sur la nécessite d’émancipation et d’indépendance aux bonnes intentions mais totalement indigeste. De toute évidence, Madonna n’en a fait qu’à sa tête et n’a pas écouté les conseils d’une équipe technique par trop complaisante. Du coup, elle a confondu film historique et défilé de mode. C’est sûr, les costumes sont soignés et la reconstitution appliquée. Mais il manque l’essentiel : les plans manquent d’âme. Les acteurs ressemblent à des statues dans un musée de cire, l’intrigue repose sur une structure artificielle et le montage lorgne souvent vers le clip vidéo à l’aune de cette scène inaugurale à peine supportable. Le plus surprenant, c’est la bande-son kitchissime qui fait saigner les oreilles et recycle le pire de la playlist romantique. Evidemment, les journalistes désireux de la rencontrer n’ont eu droit qu’à la conférence de presse où le staff presque armé virait de la pièce ceux qui essayaient de prendre la diva en photos. Madonna était accompagnée de ses acteurs qui, à l’unanimité, ont trouvé qu’elle était «fooorrmmiiddaaaablle». On veut bien les croire.

Sinon, le film de la compétition présenté aujourd’hui, c’est le très attendu Carnage, de Roman Polanski. Pour comprendre la déception qu’il provoque, il faut le mettre en résonance avec son avant-dernier The Ghost Writer, dans lequel Polanski renouait avec toutes ses obsessions (paranoïa, aliénation, absurdité, exclusion, voyeurisme, fatalité). Un peu comme s’il avait signé un film-somme-terminal résumant toute sa carrière, doublé d’un aboutissement extraordinaire dans sa filmographie. Confirmation de ce qu’il a toujours été : un cinéaste toqué de mise en scène, capable de construire des univers méandreux, angoissants et plus si affinités. Tout le contraire de Carnage qui, en comparaison, se révèle bien exsangue et ne donne pas de chair à théorie aux critiques. Vous avez vu la bande-annonce? Vous avez vu le film. C’est l’adaptation d’une pièce de Yasmina Reza (Le Dieu du Carnage) où deux couples dissertent – au sens propre – sur l’éducation après que leurs rejetons respectifs se soient battus. A l’arrivée, du théâtre filmé claustro où quatre acteurs, au demeurant excellents (Kate Winslet, Jodie Foster, John C. Reilly et Christoph Waltz), se balancent des répliques vachardes et cèdent à l’hystérie «éthylicollective». Et si on déteste le genre, c’est une rude épreuve.

Ce qui a pu séduire Polanski dans la pièce d’origine, c’est la dimension cruelle, ironique voire surréaliste d’une intrigue où les personnages semblent incapables de partir d’un lieu défini (à la manière de L’ange exterminateur, de Luis Buñuel). Mais c’est aussi par instinct de préservation qu’ils s’accrochent puisqu’ils symbolisent un monde occidental (le vernis de la civilisation, ce genre). Ce qui ne nous séduit pas présentement, c’est l’absence de cinéma – en plus de la tendance au bavardage oiseux, à la répétition gagesque, à la facilité d’un cinéma embourgeoisé drapé dans son cynisme qui n’a plus grand-chose à dire. Et pourtant Dieu sait si Polanski a pu par le passé maîtriser les espaces clos (Cul de sac, La jeune fille et la mort), transcendé des exercices de style de petit malin et éprouvé des codes. On l’a juste connu plus inspiré. Carnage est un coup dans l’eau, mais sans couteau.

Demain, la Mostra succombera à A Dangerous method, de David Cronenberg sur les relations troubles entre les psychanalystes Carl Jung, Sigmund Freud et une de leurs patientes. Ou pas.

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