Avec pareil titre, difficile de faire fausse route. Ouvrant carrément son générique par une ribambelle d’images de classiques du genre, Kung Fu entend bien y rendre un hommage fleuve au travers du récit de deux lycéens marginaux abordés par un vieil SDF qui leur propose de les initier aux immenses pouvoirs du kung-fu. C’est donc à l’aune d’un point de départ narratif fort amusant que se lance l’hommage de Giddens Ko, immédiatement propice aux archétypes les plus attendus qui soient, mais surtout au mélange quasi parodique des tropes et imageries les plus ancrés dans nos esprits cinéphages.
Il faut alors dire que le geste se construit avec rigueur, Kung Fu ne se contentant pas de se donner les atours des récits qu’il singe, mais les épousant complètement pour donner lieu à un objet tout droit sorti des années 90/2000 dans sa structure. Des héros un peu bêtes, une pincée d’antagonistes cartoonesques et quelques gouttes de gore suffisent à l’élixir pour faire effet, d’autant plus que celui-ci rebondit sans cesse, ce récit rétro bien taillé ayant pour lui une vraie générosité dans la profusion des genres et imageries. On va même, dans la frénésie générale, jusqu’à alterner de photographie et de genre de référence toutes les 10 minutes, développant là un objet hautement métamorphe.
Il faut pourtant admettre qu’à être à ce point métamorphe, l’objet échappe des mains et dégénère. Les fulgurances parviennent certes, particulièrement côté horreur et action (une séquence de castagne à base de popcorn), mais se font bien rares tant le film semble en fait accumuler les idées sans prendre le temps de les traiter. En résulte un objet très répétitif, où chaque nouvel élément renforce l’impression de suivre une série surchargée de fillers pour faire durer le tout, quitte à ne jamais laisser la possibilité de se poser, pour le suspense comme pour l’émotion. Enchaîner retournement sur retournement, complexification sur complexification, et y perdre finalement le plaisir primaire. Le maelström en devient alors d’autant plus intense dès lors qu’il s’incarne au fil d’une mise en scène plus que tape-à-l’œil, puisant dans l’ultra-fluidité vidéoludique comme dans la plasmaticité physique des cartoons. Visuellement plutôt simple dans ses idées de cadres, plus attaché à une approche en 2D très visuelle plutôt qu’ancrée dans l’espace, le long-métrage ne cesse pour autant d’y rajouter des couches, à coups de mouvements superficiels, de couleurs criardes, d’effets de particules abondants à l’écran et de montage surexcité. Cumulé à l’absolue absence de profondeur dans ses images, Kung Fu trouve dans sa surenchère une bascule du pop vers l’éreintant illisible, du flamboyant vers le trop cuit, voire brûlé.
C’est là l’angle mort d’un film qui ne connaît pas la demi-mesure, et ce tout particulièrement dans sa comédie, où chaque gag doit être poussé à son extrême aussi bien physiquement, dans le jeu, que visuellement. Une dégustation inopinée et peu ragoûtante pour les protagonistes : la séquence dure, à coups de gros plans et de grimaces. Ces deux mêmes protagonistes doivent s’entraîner aux techniques du kung-fu : on enchaîne les cris et mimiques pas possibles dans une séquence montée dont le seul intérêt semble de tout faire valser dans le décor. Deux exemples parmi une myriade d’autres qui, à trop outrer chaque idée jusqu’aux frontières du parodique, lassent rapidement et trouvent souvent la même direction comique grotesque et vulgaire : sous la ceinture. Sous l’hommage annoncé d’office comme régressif (on raccorde des images de films cultes avec une main crasseuse plongée dans une mare de ketchup et quelques frites), point rapidement un geste trop puéril, qui n’a plus que ses cris et sa sincérité pour tenter de convaincre.
| Avec : Leon Dai, Kai Ko, Berant Zhu, Gingle Wang, Liu Kuan-ting… Scénario : Giddens Ko Photographie : Chou Yi-hsien Montage : Chen Chun-hung Musique : Chris Hou Production : Lu Wei-chun, Giddens Ko |


![[ÉTRANGE FESTIVAL 2026] « Twin Peaks: The Return – Episode 8 » de David Lynch sur grand écran, tremblement de terre](https://www.chaosreign.fr/wp-content/uploads/2026/09/TWINPEA-1068x601.jpg)
![[ÉTRANGE FESTIVAL 2026] « Chansons du deuxième étage » de Roy Andersson, drôle et misère de nous](https://www.chaosreign.fr/wp-content/uploads/2026/09/chansons-1068x664.jpg)