Etrange Festival 2024: « Maldoror » de Fabrice du Welz, au-delà du bien et du mal

En suivant l’enquête d’un gendarme belge pour résoudre une affaire d’enlèvement de jeunes filles (librement inspirée de l’affaire Dutroux, ayant ébranlé la Belgique en révélant les faillites de la Justice et les rivalités policières du pays), Fabrice du Welz signe avec Maldoror son film ciminien, brossant sur plusieurs années le portrait d’un système en bout de course. Dans ce vieux monde malade, à la fois capable d’engendrer l’horreur d’un réseau de pédocriminalité et incapable de mettre en place les moyens de le stopper, un individu juste (Anthony Bajon dans la meilleure performance d’une carrière qu’on souhaite encore longue) s’érode sous nos yeux.

Mettant au service de cet ambitieux projet son talent pour laisser le mal s’immiscer dans les recoins de son cadre, le Belge réussit presque intégralement sa vertigineuse fresque, nourrissant ce monstre avec des bouts de toute sa filmographie, comme si ce monde-là pouvait contenir à la fois la beauté, l’horreur et le lyrisme de ses œuvres précédentes. Encore impeccable dans sa mise en scène, tour à tour opératique (grande partition musicale de Vincent Cahay) et quasi documentaire (belle et longue scène de mariage), Fabrice du Welz égrène çà et là quelques scènes chocs d’action et d’horreur qui ont la saveur des cauchemars. La photographie du boss Manuel Dacosse n’y est pas pour rien, enflammant par moment l’image de couleurs, une caractéristique de son réalisateur, et transformant les paysages urbains de Belgique en un Léviathan crasseux.

Le casting « du Welz all-star » accueille aussi de nouvelles têtes, pour une galerie de personnages donnant véritablement matière à l’ensemble. Et si le film pèche peut-être à l’heure des grandes révélations nationales, survolant la corruption qui touche aux plus hautes sphères de l’État alors qu’il semblait avoir mis en place des personnages qui aurait permis au scénario de supporter ce changement d’échelle, Du Welz reste à hauteur de son personnage principal, de son sacrifice, et du salut possible de ce monde qu’il semble porter seul sur ses épaules. Pour son personnage principal, la fin ne peut être que tragique, mais pour du Welz, pas de doute: c’est un aboutissement.

15 janvier 2025 en salle | 2h 35min | Policier, Drame, Thriller
De Fabrice Du Welz | Par Fabrice Du Welz, Domenico La Porta
Avec Anthony Bajon, Alba Gaia Bellugi, Alexis Manenti

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