« Emmanuelle » dans tous ses états: quand les désirs font des copies

Il fallait figurer l’hystérie ambiante qui saisissait les salles à la sortie du Emmanuelle, de Just Jaeckin, salles qui se trouvaient déjà en plein boom du cul sous toutes ses formes. La sexploitation, partout dans le monde, va prendre la mouche. Suffit de coller le nom d’Emmanuelle et ça part en prod’. Sans surprises, les italiens l’ont compris en premiers: aperçu dans Emmanuelle 2, la sublime Laura Gemser devient Black Emanuelle, soit la couleur en plus et un M en moins pour éviter les problèmes de droits.

Faisant des slaloms avec le hard (sauf pour l’actrice, doublée maladroitement lors des séquences non simulées), le premier volet en mode escapade africaine n’est pas une réussite. Après un deuxième volet sans Laura, soit Black Emanuelle 2 avec la pulpeuse Shulamith Lasri, Joe d’Amato reprend les affaires et c’est la fête avec Black Emanuelle en Amérique, Emanuelle autour du monde ou encore Viol sous les tropiques: il ne se contente pas de sublimer sa muse, mais de comprendre tout ce qui se joue dans cette saga façon Tintin du sexe. Il y aura du danger, des scènes chocs, des rencontres inattendues: snuff-movie, traite des blanches (arrosé de giallo et de zoophilie), trafic d’armes, partouzes masquées, passage en prison et même une escapade dans une tribu de cannibales. Tout est permis.

Déjà discutable sur le plan officiel, la saga n’hésite pas à faire des entorses, plaçant Laura Gemser en tant que guest, principalement pour des mondo, mais aussi dans des rôles n’ayant plus grand-chose à voir avec son personnage de reporter. De son côté, Emmanuelle Arsan est adaptée, histoire de surfer sur la vague: Néa, de Nelly «La fiancée du pirate» Kaplan y montre une jeune écrivaine insolente s’engager dans une joute sans pitié avec un homme plus âgé qu’elle. Film plaisant s’il en est, bien que la réunion Kaplan/Arsan se rejoigne bizarrement dans un final pas des plus féministe. Viendra aussi Laura, réalisé en loucedé par le mari d’Emmanuelle Arsan, également présente au casting! Tout le champ lexical de la carte postale façon demain «j’enlève le bas» est respecté, un peu trop gentiment d’ailleurs, même si on se réjouit d’y voir l’incroyable Annie Belle, qui aurait été d’ailleurs une parfaite Emmanuelle. Elle reviendra dans Annie ou la fin de l’innocence, qui reprend de plus belle les mêmes ingrédients (en bref, ça fait le tour du monde sans culotte). Le cross-over entre Laura Gemser et Annie Belle aura d’ailleurs lieu dans Velluto Nero aka Black Emanuelle White Emanuelle, dont l’atmosphère solaire, mystique et morbide en fait probablement le plus beau des Emmanuelle bis.

Enfin, Emmanuelle aura également son pendant asiatique avec Yellow Emmanuelle (eh oui…) où un playboy tombe amoureux de son infirmière dans une bluette sans intérêt, mais où l’on peut croiser la future Cicciolina en rivale très méchante. Après épuisement du stock, Emmanuelle, l’officielle, continuera sa vie à la télévision dans les années 1990 jusqu’aux années 2000, condamnée à hanter RTL9 et les dimanches soir de M6 dans de multiples séries et téléfilms improbables, du Parfum d’Emmanuelle en passant par Emmanuelle in Space!

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