Sortie en steelbook de Cujo chez Carlotta, reçu plutôt mollement par la critique en 1983: cette adaptation de Stephen King (encore une!) a depuis acquis un statut de petit film culte, nous faisant presque regretter de ne pas avoir vu plus souvent Lewis Teague à la manœuvre…

PAR GAUTIER ROOS

Cujo, un gentil saint-bernard appartenant au mécanicien local, est mordu par une chauve-souris enragée et contracte rapidement le virus. Lorsque Donna Trenton et son petit garçon Tad se rendent chez lui, ils ignorent que le propriétaire vient de se faire dévorer par son chien. À la place, ils sont accueillis par Cujo, bien décidé à ne pas laisser partir ses proies. Surtout depuis que leur voiture est tombée en panne…

Publié deux ans après The Dead Zone (1979) et deux ans avant Christine (1983), Cujo s’inscrit dans une période qu’on peut qualifier de faste pour El King: les trois opus seront déclinés la même année, en 1983, au cinéma. Créativement soutenu par l’alcool et les opiacés (il dira dans sa biographie ne plus se souvenir avoir écrit le roman…), c’est lui qui va recommander Lewis Teague à ses producteurs, séduit par son Incroyable Alligator (1980). Ce dernier remplacera au pied levé le vétéran Peter Medak, papa de L’enfant du diable (1980), premier choix lourdé dès le début du tournage suite à des désaccords artistiques.

La pièce rapportée Lewis Teague doit donc faire avec les moyens du bord (à savoir tourner deux jours après avoir signé son contrat). C’est peut-être l’une des raisons qui explique pourquoi le film peine à captiver dans sa première demi-heure: une exposition plutôt convenue et archétypale, présentant un délitement de la cellule familiale, vraiment pas aidé par le score tout cucul d’un Charles Bernstein qu’on a connu plus inspiré. On se croirait dans un pastiche du cinéma de Spielberg (E.T. est sorti l’année qui précède), et on ne vous dit pas ça que pour la présence de Dee Wallace au casting.

On en vient presque à regretter de ne pas voir plus la bébête, salement contaminée par une chauve-souris en tout début de film: ce dernier ne décollera que lorsque Cujo regagnera sa place au casting pour dépenailler absolument tout ce qui lui passe sous le museau. Et quand le film se mue en huis-clos caniculaire dans une voiture cernée par le Saint-Bernard (une demi-douzaine de Saint-Bernard en réalité + un humain enseveli sous un gros costume, nous enseigne le making-of), on se dit que Lewis Teague en a clairement sous la patte, redoublant de plans virtuoses (et d’angles de caméras obtus) pour maintenir son spectateur en haleine. Notamment avec ce plan bien connu des amateurs de Blow Up, où le cinéaste feint d’attaquer la caisse en caméra subjective (point de vue implicite du chien) alors que le canin surgit sauvagement de l’autre côté de la charrette!

Le film, enfin dépouillé de son sous-texte guère subtil, rabat l’angoisse sur une poignée d’éléments qui nous invite à revoir notre jugement sur le scénario (une sonnerie de téléphone qui excite le toutou, une carabine jonchée sur le sol peut-être atteignable en sortant discrétos du véhicule, un gamin qui cumule les raisons de devoir sortir la tête de la bagnole…) On appréciera le chemin de croix effectué par maman Dee Wallace, au four et au moulin dans ce segment étouffant – le film déplie assez subtilement une jolie parabole féministe – n’ayant pas d’autres choix que d’apprendre à dompter ses peurs. Saisie par l’épuisement et claudiquant telle Marilyn Burns dans Massacre à la tronçonneuse (1974), c’est elle qui va vouloir en découdre avec le clébard dans une ultime scène de confrontation.

Parmi les suppléments disponibles: un making-of de 43 minutes compilé par l’inévitable Laurent Bouzereau, un commentaire audio du spécialiste australien de l’horreur, Lee Gambin, des zentretiens avec Dee Wallace, le compositeur Charles Bernstein, et Teresa Miller qui nous raconte comment son papa a dressé les chiens et les cascadeurs sur le tournage. Une famille plus que célèbre puisque ce père en question a notamment bossé pour Dressé pour tuer de Samuel Fuller (1982), Beethoven (1992), Babe (1995) et que la fille, elle aussi dresseuse, s’est farcie les 200 créatures du White God de Kornél Mundruczó (2014)…

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici