Avant de devenir le célèbre maître italien de l’érotisme cinématographique, Tinto Brass a exploré de nombreux genres. Parmi ses premières œuvres figure Deadly Sweet (1967), un film situé entre le thriller, le giallo et le film de poursuite, adapté d’un roman de Sergio Donati et enrichi par le travail visuel du dessinateur érotique italien Guido Crepax.
L’histoire se déroule dans le Londres branché de la fin des années 1960. Bernard, interprété par Jean-Louis Trintignant, rencontre Jane, une jeune femme mystérieuse jouée par Ewa Aulin, dans une boîte de nuit. Peu après, il découvre avec elle le cadavre d’un homme que Jane est soupçonnée d’avoir assassiné. Le passé de Jane est lié à une affaire de chantage. Son père est récemment mort dans un accident de voiture que la police considère comme banal, mais elle pense qu’il a été victime d’un complot à cause de photographies compromettantes concernant sa seconde épouse. L’homme retrouvé mort serait justement celui qu’elle accuse d’être le maître chanteur. Malgré les apparences qui semblent accuser Jane, Bernard décide de lui faire confiance. Les deux personnages s’engagent alors dans une enquête improvisée afin de découvrir la vérité. Rapidement, ils se retrouvent poursuivis par des criminels liés au défunt ainsi que par un mystérieux petit homme en imperméable. Leur fuite les entraîne dans les quartiers sombres de Londres, entre secrets, mensonges et dangers.
Même si le film reprend certains éléments du giallo, Deadly Sweet ne correspond pas vraiment aux codes du genre. Il ne repose pas sur une succession de meurtres sanglants, de tueurs masqués ou de scènes de violence graphique. Il s’agit plus d’un film noir de poursuite qu’un véritable thriller horrifique. Dans son esthétique. Tinto Brass expérimente avec des effets de split-screen, des changements entre couleurs et noir et blanc, ainsi qu’une mise en scène très influencée par la bande dessinée. Les illustrations psychédéliques créées spécialement par Guido Crepax donnent au film une identité visuelle proche d’un comic book adulte. Le générique d’ouverture annonce déjà cette approche originale avec ses titres qui traversent l’écran de manière inhabituelle. La photographie, les décors et le montage créent une ambiance pop et moderne qui reflète parfaitement l’énergie des années 1960. Ewa Aulin est l’un des grands atouts du film. La caméra de Brass la met constamment en valeur et transforme Jane en véritable icône visuelle. Face à elle, Jean-Louis Trintignant apporte un charme élégant et une présence de héros de film noir. Le duo fonctionne particulièrement bien à l’écran, mélangeant romantisme, danger et humour léger. Leur alchimie sera d’ailleurs retrouvée l’année suivante dans un autre giallo atypique, Death Laid an Egg (1968) de Giulio Questi.



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