David Lowery en dit plus sur « Mother Mary »

Le réalisateur américain David Lowery signe avec Mother Mary un long métrage centré sur la création artistique, la célébrité et les tensions intérieures qu’elles engendrent. Le réalisateur du superbe The Ghost Story (qui n’a pas fait mieux depuis et qui a bien déçu depuis…) se confie dans une longue et passionnante interview à nos confrères de The Film Stage et raconte toutes les étapes du processus créatif.

Tout d’abord, le film est présenté comme l’un des projets les plus personnels de sa carrière. Il explore la psychologie d’une star de la pop confrontée à son propre succès. Cette star est incarnée par Anne Hathaway, dans le rôle de Mary, une figure quasi mythologique de la musique populaire contemporaine. Elle traverse une crise identitaire malgré une réussite mondiale. Le récit interroge le coût psychologique de la célébrité. Face à elle, Michaela Coel joue Sam Ansel, une créatrice de mode reconnue et respectée. Elle est chargée de concevoir une tenue pour un concert majeur de Mary. Cette commande devient le point de départ d’une relation complexe entre les deux femmes. Le film se structure autour de dialogues intimes et souvent nocturnes. Ces échanges prennent la forme de confrontations émotionnelles et intellectuelles. Dans l’entretien, Lowery décrit le film comme un huis clos prolongé sur environ 80 minutes : le cadre narratif est volontairement minimaliste et concentré, l’intrigue repose moins sur l’action que sur la parole et les silences.

Niveau influence, le réalisateur s’inspire indirectement de Tár réalisé par Todd Field. Comme dans ce film, il s’agit d’un dialogue entre deux visions du monde artistique. Le projet interroge les rapports de pouvoir dans la création. La costumière Bina Daigeler, qui participe au film, avait également travaillé sur Tár, renforçant la continuité thématique. Dans Mother Mary, le costume devient un langage narratif à part entière. Il exprime les tensions entre image publique et identité privée. Les vêtements deviennent des marqueurs de pouvoir et de transformation. Lowery explique avoir déplacé ses propres interrogations vers une figure de pop star. Il voulait éviter de centrer le film sur un cinéaste ou sur lui-même. La pop culture lui offrait un terrain plus universel et accessible. La création d’une icône fictive lui permettait d’élargir ses réflexions. Le projet devient ainsi une méditation sur l’identité artistique.

L’origine du film remonte au tournage de The Green Knight. Durant cette production, Lowery traverse une période de malaise personnel. Il est frappé par un sentiment d’insatisfaction malgré un projet ambitieux. Une maladie contractée pendant le tournage accentue ce trouble. Il s’interroge sur la direction de sa carrière, doute de sa capacité à poursuivre dans les mêmes conditions. C’est dans ce contexte qu’il commence à écrire Mother Mary, apprend-on. Les premières pages naissent lors de nuits d’insomnie. Le scénario prend initialement la forme d’un dialogue simple entre deux personnages. Ce dialogue deviendra le noyau narratif du film. Lowery qualifie alors le projet de « film gothique ». Très rapidement, la figure de la pop star s’impose. Elle devient le centre de gravité du récit. Le réalisateur, fan de musique pop, voit là une opportunité créative. Il transpose ses propres inquiétudes dans cet univers. Le film explore ainsi la fabrication d’une icône moderne. Les scènes de concert occupent une place importante dans le récit. La mise en scène choisit de montrer un public largement anonymisé. Les spectateurs apparaissent comme des points lumineux dans l’obscurité. Cette esthétique renforce la distance entre artiste et public. Elle souligne également l’isolement de la star sur scène.

Pour ce faire, Lowery s’est inspiré des performances de Beyoncé. Il évoque notamment les concerts dans des stades massifs. Ces événements créent une connexion paradoxale entre intimité et distance. Une autre particularité du film réside dans l’usage du Super 8. Ces images apparaissent de manière ponctuelle dans le montage et contrastent avec les séquences numériques principales. Le changement de texture visuelle modifie la perception du spectateur. Il introduit une forme de distance ou de mémoire subjective. Lowery explique que certaines images ont été retravaillées après le tournage. Des séquences de jumbotron ont été converties en Super 8. Ce procédé transforme des images objectives en souvenirs fragmentés. Le réalisateur parle d’un effet de « point de vue fantomatique ». Enfin, Lowery décrit le processus de création comme éprouvant. Il évoque un travail long, exigeant et émotionnellement intense. Le film a nécessité de nombreuses réécritures. Le réalisateur parle d’un projet où il a « retiré toutes les protections ». Sorti aux Etats-Unis le 17 avril, aucune date annoncée en France…

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