Chaque clip des Daft Punk a été conçu comme une porte vers un autre univers, bien aidé par la crème de la crème des clippeurs les plus hype des années 90 (Michel Gondry, Spike Jonze…). Alors ça passe comme un rien dans la boite aux lettres du chaos; et pourtant, leur clip le plus dingue est peut-être aussi le moins connu. Peut-être aussi parce qu’il s’agit du plus bizarre, du plus dérangeant, du plus incommodant. Du plus chaos quoi.

Le choix d’un non-clippeur surprend déjà: The prime time of your life est signé Tony Gardner, un maquilleur prolifique qu’on pouvait voir se faire décapiter au cours d’une scène clin d’œil de Son of Chucky. Ce qui explique peut-être la nature vaguement horrifique de cette vidéo, réalisée justement pour ressembler à une vieille VHS trouvée dans le grenier familial, ou donnant l’impression d’être projetée dans un tube cathodique. Les couleurs sont saturées, baveuses, l’image est imprécise, décalée: faire du rétro avant la mode rétro (car aujourd’hui, l’image vidéo est devenue une mignardise de clip assez hype). Déjà oui.

Et puis, il y a ces images cheap, qui renvoient elles-mêmes aux clips des années 80 qui nous mettaient mal à l’aise avec un morceau de carton et deux bouts de ficelle (Just an Illusion, Jeopardy, Somebody’s watching me et on en passe): terrée dans son lit, une petite fille s’imagine entourée de squelettes, de la télé aux portraits de famille. Un gimmick mi-drôle mi-creepy qui rappelle un autre clip mythique, le fameux Hey Boy Hey Girl de Chemical Brothers qui jouait avec la même idée. Plus proche d’une démo technique, le résultat a pris quand même du plomb dans l’aile depuis. On ne dira rien sur l’issue du clip des Daft Punk qu’on n’imaginait pas un jour tremper dans des eaux aussi noires: en quelques secondes mémorables, The Prime time of your life traite de la perte de repères, de mal-être, de suicide, d’automutilation. Les fx, volontairement visibles et grossiers, amplifient le malaise alors que la zik des deux robots-robots se mouve comme un blob. 100 % chaos.


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