Avant de devenir un classique dance des années 90, Tom’s Diner est une chanson presque nue : une voix, quelques mots, une matinée pluvieuse à New York. Suzanne Vega l’écrit au début des années 1980, inspirée par Tom’s Restaurant, à l’angle de Broadway et de la 112e Rue, près de Columbia University. Le point de départ est une conversation avec son ami photographe Brian Rose, autour de la solitude et de l’aliénation amoureuse. Vega observe les clients, le journal, les gestes ordinaires. Certains détails sont réels (l’article consacré à William Holden, les cloches de la cathédrale Saint John the Divine), d’autres sont inventés, comme cette femme qui remet ses bas. Elle choisit même diner plutôt que restaurant, notamment parce que le mot rime mieux.
À l’époque, elle imagine une chanson accompagnée au piano, presque comme la bande-son d’un film français. Mais elle ne joue pas du piano et ne sait pas comment arranger le morceau. Elle la chante donc a cappella. En 1987, Tom’s Diner figure dans Solitude Standing dans cette version dépouillée. C’est cette nudité qui va paradoxalement permettre à la chanson de changer de dimension. En 1990, le duo britannique DNA reprend l’enregistrement vocal et lui greffe un beat dance inspiré notamment de Soul II Soul. Le remix circule d’abord sans autorisation, puis le label A&M obtient l’accord de Vega et le sort officiellement. Aux États-Unis, il atteint la 5e place du Billboard Hot 100. Au Royaume-Uni, il monte jusqu’au n°2. La voix de Vega, ses syllabes répétées, ses inflexions presque mécaniques formaient une pulsation que le remix n’a fait que révéler. DNA transforme donc moins la chanson qu’il n’en extrait une possibilité cachée. L’histoire prend ensuite une tournure presque technologique. L’enregistrement a cappella de Tom’s Diner est utilisé par des chercheurs travaillant sur la compression audio MPEG. Sa structure vocale, claire et répétitive, sert de matériau de test pour mettre au point les méthodes d’encodage. Vega sera bientôt surnommée la « Mother of the MP3 ».



