Parue en octobre 1982, Let Me Go est redevable à Heaven 17, une formation britannique qui, depuis Sheffield, contribue à redéfinir les contours de la pop électronique du début des années 1980. Écrit par Glenn Gregory, Ian Craig Marsh et Martyn Ware, le morceau précède la publication de The Luxury Gap, deuxième album du groupe. Issus de l’aventure originelle de The Human League, Marsh et Ware ont fondé Heaven 17 avec le chanteur Glenn Gregory, donnant naissance à un projet dans lequel la technologie ne constitue jamais une fin en soi, mais un instrument au service de l’émotion et de la construction sonore.
Moins connu que son successeur, Temptation, qui, enrichi par la présence vocale de Carol Kenyon, deviendra le plus grand succès du groupe, Let Me Go incarne assez admirablement cette ambition. Dans cette chanson à la fois accessible et mystérieuse, la ligne de basse synthétique, les pulsations régulières de la boîte à rythmes et les motifs mélodiques dessinent progressivement une mécanique hypnotique, tandis que les nappes et les effets donnent à l’ensemble une profondeur presque vertigineuse. La Roland TB-303, machine qui jouera plus tard un rôle majeur dans le développement de l’acid house, contribue notamment à la personnalité du morceau par sa ligne de basse caractéristique. Le Roland Jupiter-8 participe également à cette signature sonore, avec un motif oscillant et traité par un effet de délai qui apporte au titre son mouvement si particulier. Selon Gregory, plusieurs pistes avaient été explorées pendant l’élaboration de l’arrangement, notamment l’ajout d’une basse électrique et de quelques notes de piano inspirées par l’atmosphère de Vienna d’Ultravox. Ces essais n’ayant pas produit l’effet recherché, le groupe a préféré privilégier la singularité de ses textures électroniques. Cette exigence explique pourquoi Let Me Go ne sonne pas comme une simple chanson pop habillée de synthétiseurs. De quoi soutenir que la musique électronique britannique des années 1980 ne se résume pas à l’enthousiasme futuriste, aux rythmes dansants ou à l’esthétique glacée souvent associée à la synth-pop.


