Culte des années 2000 : Syd Matters – « End & Start Again »

Le (beau) titre End & Start Again marque la première période de Syd Matters, ce (beau) projet musical de Jonathan Morali, auteur-compositeur français qui, comme on peut l’entendre pour peu que vous tendiez l’oreille, préfère les paysages intérieurs aux refrains calibrés. Le (non moins beau) morceau figure sur A Whisper and a Sigh, son premier album, paru en 2003 chez Third Side Records, et déroule une pop indépendante qui emprunte autant au folk qu’aux textures psychédéliques, où la mélodie semble avancer à tâtons, comme si elle cherchait sa destination sans être certaine de vouloir l’atteindre.

À l’époque, Syd Matters est encore essentiellement un projet solo, avant de devenir un véritable groupe autour de son créateur. Les crédits de l’album précisent que les morceaux ont été enregistrés à l’automne et à l’hiver 2002, au Cocostudio et chez Morali, avant d’être produits par Syd Matters et Butch, puis mixés par Yann Arnaud au printemps 2003. Cette fabrication artisanale contribue à la sensation d’intimité du disque : plutôt qu’un folk dépouillé, on entend un travail de couches, de timbres et d’atmosphères, qui élargit progressivement le cadre de la chanson. Une pop vaporeuse, faite d’accords cotonneux, de claviers ivres et de guitares caressantes. Une musique qui semble flotter entre la confidence folk et l’étrangeté rêveuse, sans jamais perdre son pouvoir mélodique. Le texte d’End & Start Again entretient lui aussi cette impression de dérive. Le narrateur cherche l’extrémité d’une rivière, tente de rejoindre ses amis de l’océan et avoue ne pas savoir exactement où il va. Puis le paysage mental se détraque : des images surgissent, les repères se brouillent, avant que le morceau ne bascule vers une vision démesurée, celle de mettre fin à l’humanité et de construire des vaisseaux pour coloniser l’espace. Le contraste est saisissant entre cette errance presque enfantine et la démesure apocalyptique de la conclusion. Le titre §Fin et recommencement, littéralement) semble contenir à lui seul cette contradiction : comment recommencer quand on ne sait même plus où l’on se trouve ?

Plutôt qu’un récit à déchiffrer littéralement, la chanson ressemble à la voix d’une pensée qui saute d’une inquiétude à l’autre. Cette tension entre fragilité et immensité contribue à faire d’End & Start Again l’un des morceaux marquants du premier album de Syd Matters. Le refrain laisse entrevoir une lueur d’espoir (lorsque le soleil revient, il n’est pas trop tard) alors que la répétition et la longue échappée finale maintiennent une forme d’inquiétude. Vingt ans après sa sortie, A Whisper and a Sigh a bénéficié d’une réédition anniversaire remastérisée à partir des bandes analogiques, qui comprend notamment une version instrumentale d’End & Start Again. Le morceau peut ainsi se découvrir autrement, débarrassé des paroles qui orientent notre écoute, mais toujours porté par cette mélancolie mouvante. Soit la voix d’une pensée qui nous entraîne avec elle, au cœur de la nuit blanche.

Les articles les plus lus

Culte des années 2000 : Cassius – « The Sound of Violence »

Paru en 2002 sur Au Rêve, deuxième album du...

« Sanguine » de Marion Le Corroller : du body-horror qui reste à la surface de tous ses sujets, mais amusant

Pour son premier long-métrage, Marion Le Corroller, déjà prometteuse...

Culte des années 90 : Buckshot LeFonque – « Music Evolution »

Avec Music Evolution, Buckshot LeFonque souhaite mettre en musique...

Culte des années 80 : Heaven 17 – « Let Me Go »

Parue en octobre 1982, Let Me Go est redevable...

Culte des années 2000 : MF Doom – « Lonely Is The Night »

Pour celles et ceux qui ne le connaîtraient pas,...

Todd Haynes prépare une adaptation des « Bonnes » de Jean Genet avec Cate Blanchett

Le réalisateur américain Todd Haynes a annoncé travailler sur...

Kid Cudi incarnera Jean-Michel Basquiat dans un film qu’il réalisera lui-même

Le rappeur américain Kid Cudi a annoncé qu’il interpréterait...

« Gente » : Lucrecia Martel prépare un film de science-fiction

La cinéaste argentine Lucrecia Martel a terminé le scénario...

Culte des années 80 : Band Apart – « Marseille »

Marseille, c'est bien sûr Marseille, Marseiilllleee, tais-toi Marseiilllleee. Cette...
spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img