Il y a quelque chose d’étrangement rassurant dans Memory Gongs, qui peut se voir comme l’illustration parfaite des sentiments qui nous traversent lorsque l’on lit un roman de Laura Kasischke. Sur l’album The Moon and the Melodies, sorti en 1986, Cocteau Twins et Harold Budd imaginent une musique qui semble avoir quitté le monde réel : le piano de Budd avance à tâtons dans une immense réverbération, tandis que les guitares de Robin Guthrie se dissolvent autour de lui. Sans voix ni véritable progression, le morceau dérive plus qu’il n’avance, chaque note semblant surgir d’un brouillard avant de s’y perdre à nouveau. On pourrait imaginer Satie installé dans un vaisseau spatial abandonné, quelque part entre Alien et le rêve.
Cette impression tient autant à la composition qu’au travail de Guthrie, qui transforme les instruments en espace sonore. Le piano reste volontairement en retrait, presque englouti par les textures qui l’entourent, créant une musique mélancolique sans être triste, inquiétante sans jamais devenir menaçante. Là où les morceaux chantés de The Moon and the Melodies s’appuient sur la présence irréelle d’Elizabeth Fraser, Memory Gongs se débarrasse de toute accroche pop pour laisser la matière sonore imposer sa propre temporalité. Une sensation d’après persiste ainsi, celle d’un lieu où toute agitation aurait disparu et où seules subsisteraient les résonances de ce qui l’a traversé. La pièce n’est d’ailleurs pas totalement nouvelle : Budd l’avait déjà publiée la même année sur Lovely Thunder, sous le titre Flowered Knife Shadows. Mais son intégration à l’univers des Cocteau Twins lui donne une autre dimension, le minimalisme du pianiste rencontrant les profondeurs atmosphériques de Guthrie et Simon Raymonde.


![[ÉTRANGE FESTIVAL 2026] « Leviticus » de Adrian Chiarella, sensation du dernier Sundance érigée en nouvel espoir de la queer horror](https://www.chaosreign.fr/wp-content/uploads/2026/09/leviticus-1068x801.webp)
