Compositeur, professeur de musique et créateur notamment de chansons pour enfants et de musique électronique, Jan Turkenburg enregistre le titre In My Spaceship en 2004 avec ses élèves de la Geert Grote School, une école primaire catholique de Zwolle, aux Pays-Bas. Le projet naît d’une rencontre entre une obsession personnelle et un contexte pédagogique : Turkenburg travaille sur un morceau inspiré par l’espace et par son amour d’enfance pour Star Trek, tandis que ses élèves abordent justement l’Univers dans le cadre d’un projet scolaire. Il décide alors de transformer cette coïncidence en véritable création collective avec ses élèves. Turkenburg assure la composition, l’enregistrement et le montage. Dans ses notes originales, il explique que la chanson évoque ses nuits sans sommeil et son désir de pouvoir se téléporter dans son vaisseau spatial pour tout laisser derrière lui. L’esthétique du morceau est également directement nourrie par la science-fiction : des samples de Star Trek et de Star Trek: The Next Generation sont intégrés à la production. Le résultat est donc à la fois une chanson électronique, une expérience pédagogique et une capsule sonore rétro-futuriste, enregistrée avec des enfants qui deviennent eux-mêmes partie intégrante de l’identité du morceau.
La première publication de In My Spaceship intervient donc le 15 avril 2004 sur Interplanetary Materials, une compilation du label indépendant américain Comfort Stand Recordings, consacrée aux musiques inspirées par l’espace. Cette sortie confidentielle constitue pourtant le véritable point de départ de l’histoire du morceau. Loin des circuits classiques de l’industrie musicale, la chanson commence à circuler sur Internet, dans les communautés de passionnés de musique électronique, les blogs spécialisés et les radios en ligne. Selon les informations publiées par Turkenburg lui-même, le titre connaît une première reconnaissance en 2007, lorsqu’il atteint la 35ᵉ place du CBS Top 100. Cette progression est particulièrement remarquable compte tenu de son origine : il ne s’agit ni d’une production de label majeur ni d’un single porté par une campagne promotionnelle, mais d’un morceau enregistré plusieurs années auparavant dans le cadre d’un projet scolaire. Son mélange de synthétiseurs rétro, de mélodie enfantine, de voix juvéniles et d’imagerie spatiale lui confère une identité immédiatement reconnaissable. Le titre finit par attirer l’attention de DJs et de producteurs qui voient dans cette étrange composition un matériau idéal pour l’electro, la disco et l’italo-disco. Le morceau change alors progressivement de statut : d’expérimentation pédagogique et de curiosité Internet, il devient un joyau recherché par les amateurs de musique électronique.
Le tournant décisif arrive autour de 2010, lorsque Pilooski et Breakbot, deux producteurs français associés à la scène électronique, s’emparent du morceau. Pilooski réalise une nouvelle version qui contribue fortement à sa diffusion dans les milieux de DJs et de collectionneurs.
Breakbot propose également son propre remix, apportant au titre une lecture davantage orientée vers le funk, la disco et l’electro. Ces deux relectures permettent à In My Spaceship de quitter définitivement son statut de curiosité pour entrer dans une culture musicale beaucoup plus large. Le morceau est alors publié sur vinyle, notamment sous la forme d’un picture disc, avec plusieurs versions destinées aussi bien aux collectionneurs qu’aux DJs. La sortie rassemble notamment le Pilooski Edit, la version originale, le Breakbot Remix, la Jan’s Dippachippa Version et une version acapella. La chanson circule parallèlement dans les émissions et sélections de DJs internationaux : le Pilooski Edit est notamment joué dans Beats in Space de Tim Sweeney, tandis que le morceau est également associé à l’univers de Soulwax, qui l’intègre à son projet Radio Soulwax. Plutôt que de gommer ses origines scolaires, les remixeurs s’appuient sur cette singularité pour lui donner une nouvelle dimension dansante.



