[CRITIQUE] WHITE LIGHTNIN’ de Dominic Murphy

White Lightnin’ risque de passer inaperçu et pourtant, c’est un choc comparable à la découverte des premiers longs métrages de Darren Aronofsky en son temps, autant pour le mélange de poésie brute que pour les qualités de fabrication proches du cinéma-guérilla. Si on devait le rapprocher d’un film récent, ce serait sans doute Bronson, de Nicolas Winding Refn, avec lequel il partage un style underground et la même caractérisation d’un personnage  flingué par la vie partagé entre l’expression et la manière, l’art et la violence. Enfant, adolescent et adulte, Jesco évolue aux antipodes d’une éducation judéo-chrétienne basée sur le bien, le mal, le péché originel et soigne ses pulsions autodestructrices à travers l’art, l’amour et la foi. Dans la dernière partie, une affaire de vengeance poignante le précipite dans le vide et le confronte à ses propres croyances.

L’implication des acteurs – dont Edward Hogg, gueule d’ange aux yeux du démon, voix douce et corps ingrat, et surtout Carrie Fisher, ressuscitée par miracle – confère un surplus d’ambiguïté à cette transe. Mais, plus encore que pour son histoire (la délinquance et la folie aux Etats-Unis), c’est sur le plan visuel que le résultat emporte l’adhésion. Avec ce premier long métrage marqué par l’expérimentation et la radicalité, Dominik Murphy reprend à son compte une quantité d’artifices connus ou inédits afin de communiquer à l’écran une colère intérieure et de traduire des notions abstraites. A plusieurs reprises, un thème mélancolique à la Sigur Ros amplifié par les incantations d’un pasteur en voix-off crée un contraste hallucinant avec le reste du score, essentiellement composé de rockabilly. Le sublime plan final – qui montre ce qui est transparent et donc invisible à l’œil nu – clôt cette tragédie où un poète méprisé a construit son mythe divin. Il justifie le titre, évoquant subtilement l’éblouissement que le spectateur reçoit à la fin de la projection.

Les articles les plus lus

Les dix meilleurs films de 2026 (pour le moment…)

Quels sont les films vus, critiqués, aimés (et moins...

Le thriller romantique queer « The Serpent’s Skin » de Maio Mackay dévoilé dans une bande-annonce prometteuse

Une bande-annonce vient d’être dévoilée pour The Serpent's Skin,...

Culte des années 2000 : The Detroit Experiment – « Think Twice »

En 2002, Carl Craig enregistre une nouvelle version de...

« Salvation » de Emin Alper : recette pour un massacre

Avec Burning Days (2022), sorte de Réveil dans la...

Culte des années 2000 : Freezepop – « Less Talk More Rokk »

Au milieu des années 2000, Freezepop commence à changer...

Culte des années 90 : Mos Def – « May-December »

Surprise : après seize titres, Mos Def termine Black...

Culte des années 90 : Laika – « Almost Sleeping »

Le groupe Laika se forme à Londres en 1993...

Culte des années 80 : Cameo – « Word Up »

Une batterie électronique sèche, une basse qui cogne, quelques...

Culte des années 2010 : Red Axes – « Papa Sooma »

Papa Sooma s’ouvre sur quelques notes de clavier, une...
spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img
White Lightnin' risque de passer inaperçu et pourtant, c'est un choc comparable à la découverte des premiers longs métrages de Darren Aronofsky en son temps, autant pour le mélange de poésie brute que pour les qualités de fabrication proches du cinéma-guérilla. Si on devait le...[CRITIQUE] WHITE LIGHTNIN' de Dominic Murphy
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!