On préfère l’obscurité. Misako passe son temps à décrire les objets, les sentiments et le monde qui l’entoure. Son métier d’audiodescripteur de films, c’est toute sa vie. Lors d’une projection, elle rencontre Masaya, un photographe au caractère affirmé dont la vue se détériore irrémédiablement. Naissent alors des sentiments forts entre un homme qui perd la lumière et une femme qui la poursuit.
Ne passons jamais à côté des choses compliquées. Le premier problème du nouveau long métrage de Naomi Kawase, cinéaste très appréciée sur la Croisette, quand même en grosse panne d’inspiration depuis deux-trois films, c’est son titre. Un titre qui nous explique la direction prise par le film, qui fait immédiatement sens et qui traduit le programme très convenu de cette rencontre entre une jeune femme dont le métier est de décrire des images de films pour des spectateurs aveugles et un photographe qui perd peu à peu la vue. On va vers la lumière qu’on vous assène. Deux trois belles idées donneraient presque envie d’y croire, à l’image de cette envie de mettre en forme la beauté du regard et plus généralement la beauté de ce que l’on voit pour la dernière fois. Mais par quelle malchance cette poésie ne marche pas du tout? Non pas que nous soyons en mauvaise compagnie: l’héroïne Ayame Misaki, 28 ans, a un charme fou et le photographe qui perd la vue est interprété avec grand tact par le grand Masatoshi Nagase (déjà dans Les Délices de Tokyo). Bien lunés, on est même heureux de constater que Naomi a, elle aussi, parfois mauvais goût (la BO signée par Ibrahim Maalouf). Mais, en se voulant rendre son cinéma plus accessible, Naomi tombe dans tous les pièges redoutées: ceux que l’on connaissait d’elle (une inclinaison à la théorie désincarnée) et ceux que l’on ne soupçonnait pas (une tendance au gnangnan et à la guimauve). On sort de la salle pris de la tête par toutes ces leçons de vie, par tous ces symboles, par toute cette mièvrerie en conserve, convaincu que non, définitivement, le charme au cinéma ne se manufacture pas et, par-dessus tout, ne se décrète pas.

