[BONJOUR L’ANGOISSE] Guatemala, Pablo, 40 ans, est un « homme comme il faut », religieux pratiquant, marié, père de deux enfants merveilleux. Quand Il tombe amoureux d’un homme, sa famille et son Église decident de l’aider à se « soigner ». Dieu aime peut-être les pécheurs, mais il déteste le péché. En dépit de la pression familiale, Pablo va tenter de vivre sa vie avec son compagnon, au risque de perdre ses enfants, son travail et son statut social avant de finir par se lancer dans une thérapie de conversion (pour redevenir hétérosexuel) afin de reconquérir les siens. Et ça devient plus effrayant que n’importe quel film d’horreur. Morale: vivre son homosexualité au grand jour est donc mission quasi impossible au Guatemala. Ailleurs, pas de quoi pavoiser, c’est guère plus reluisant comme nous le montraient dernièrement Come as you are et Boy Erased, concentrés sur des personnages d’adolescents aux Etats-Unis.
Passant en revue toutes les discriminations dont sont victimes les personnes homosexuelles au Guatemala, Jayro Bustamante, à qui l’on doit le prometteur Ixcanul, dissèque en filigrane la bonne société de son pays, nourrie aux traditions et à la peur du qu’en-dira-t-on. Cela peut sembler édifiant, tout est bel et bien vrai, based on a true story comme on dit aux States. Mais passé le constat-malaise, que reste-t-il? C’est là où le bât blesse… Avec sa chape de plomb, on peut aussi regretter que le film soit à ce point démonstratif, monocorde, comme rejouant en permanence la tonalité tragique de sa scène d’intro d’une réunion de famille sous haute tension que ce quadragénaire père de famille met à mal. C’est utile, pour sûr, de rappeler en 2019 que nul ne devrait souffrir de ses amours comme de ses désirs mais l’on peut aussi trouver fléché son déroulé, fonctionnels ses personnages… Le film n’appelle au fond que la révolte évidente du spectateur face à cet univers verrouillé suffoquant, face à cette société guatémaltèque imprégnée de religion impossible à ébranler, et nous fait partager cette impuissance… mais il oublie l’essentiel: être émouvant, être réellement empathique, trouver de la vertu dans ce cauchemar plombé et plombant. Et, par son fatalisme forcené, par sa propension à considérer tous les personnages comme des stéréotypes, il ne laisse entrevoir aucune possible nuance. Bustamante a beau lécher les plans, le cinéma n’y peut rien, le monde non plus, les deux vont dans le même sens: c’est glaçant mais c’est univoque. Et faute de lumière, Tremblements manque sa cible d’utilité publique.
JEAN-FRANCOIS MADAMOUR

