Dernier voyage. Emmanuèle, romancière épanouie dans sa vie privée et professionnelle, se précipite à l’hôpital, son père André vient de faire un AVC. Fantasque, aimant passionnément la vie, mais diminué, il demande à sa fille de l’aider à en finir. Avec l’aide de sa sœur Pascale, elle va devoir choisir: accepter la volonté de son père ou le convaincre de changer d’avis.

Connaissez-vous le roman Sa Femme d’Emmanuèle Bernheim? Une petite merveille ramassée sur moins de 100 pages, dans un style épuré qui va droit au but et qui semble parler du fond du cœur. Un peu le contraire de ce Tout s’est bien passé, lui aussi adapté de Bernheim, nouvelle moisson ozonienne. Dans son premier tiers du moins, où les mimiques d’un patriarche proche de la mort (André Dussolier qui campe ici une vieille bique) font pschittt: victime d’un AVC, l’homme réclame le droit à mourir et, en bon sale type qu’il a toujours été (les flash-back sont là pour nous le rappeler), s’enquiert peu des sentiments de ses deux filles, Sophie Marceau et Géraldine Pailhas.

Les répliques démonstratives du personnel hospitalier, les discussions autour des actes notariés dont on se fiche un peu, les réprimandes balourdes de la sœur mijaurée Pailhas (actrice qu’on adore, mais qui se coltine ici un rôle bien ingrat): le film fonce à toute allure sur l’autoroute de l’archi-conformité scénaristique et réussit même l’exploit (impensable de nos jours où les services marketing ne prennent plus aucune pincette pour trafiquer la marchandise) d’être absolument fidèle à sa bande-annonce! Des références à l’actu («Tu connais la loi Leonetti?») aux grandes problématiques contemporaines (le manque de personnel dans les hôpitaux), tout semble mobilisé de façon un peu trop décorative, ou convoqué sur le mode du survol un brin artificiel. Où est passé le Ozon qui dynamitait les chapes de plomb avec une auréole chabrolienne sur la tête? Le Ozon du trouble et de l’ambiguïté (Swimming Pool, Jeune et Jolie) qui échouait parfois (Une nouvelle amie) mais qui recueillait à chaque tentative notre entière sympathie? Le voici plus proche d’un mauvais pastiche d’Assayas tendance L’Heure d’été, avec des vieux Télérama qui s’entassent dans le bac à chiottes.

Sauf que… ça, c’est pour le début du film. De même que pour Eté 85, où tout ce qui entourait ce chouette trio amoureux loupait le coche et sentait un peu le toc (remember cette trame policière vraiment aux fraises), le film décolle quand on comprend de quoi il cause: qu’est-ce qu’on fait d’un père qu’on déteste, mais qu’on aime quand même, pour la simple et bonne raison que c’est notre géniteur? Aussi mufle qu’il puisse être, vous n’allez quand même pas sortir le M16 pour l’éliminer… Soit une histoire de solitaire atrabilaire et de relation toxique, vraiment très toxique, car arrimée ici aux liens du sang et à tout un paquet de personnes qui débordent largement le cadre de la relation à deux têtes (les grandes tantes qui vous engueulent de vouloir laisser mourir le légume, notamment). Et quand les deux très bons acteurs que sont Dudusse et Marceau sont enfin débarrassés des autres, on se met, nous aussi, à être emportés, et à apprécier les vacheries malignes du vieux croûton… G.R.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici