[CRITIQUE] THE VISIT de Michael Madsen

Dans The Visit – Une rencontre extraterrestre (rien à voir avec le Shyamalan), le réalisateur Michael Madsen (rien à voir avec l’acteur) utilise les conventions du documenteur pour simuler une présence extra-terrestre, questionner des experts, filmer des gens au ralenti, s’évader dans l’espace et demander ce que sont nos rêves devenus. En salles ce mercredi. 

Un événement encore inédit : première rencontre de l’homme avec une forme de vie intelligente venue de l’espace. Avec le « Bureau des affaires spatiales de l’ONU » et des experts d’agences spatiales, le film explore le scénario d’un premier contact. Un voyage au-delà de la perspective terrienne, dévoilant les peurs, les espoirs et les rites d’une espèce contrainte à faire face à la fois à la vie extraterrestre et à sa propre image.

Dans son précédent et déjà chaos Into Eternity (2011), le réalisateur Danois Michael Madsen (rien à voir avec la frère de Virginia) racontait le chantier d’un sanctuaire conçu pour durer cent mille ans creusée dans le nord de la Finlande, à Onkalo, abritant des déchets nucléaires, posait la problématique de l’élimination des déchets radioactifs sous l’angle de la temporalité et réalisait pour s’adresser aux générations futures en prenant la forme assez séduisant du documentaire de science-fiction. Dans son film d’encore avant Himmelnattens kejser – en film om synlighed, il tournait au Japon un documentaire-enquête autour de la légende présumée d’un homme aveugle qui aurait été empereur du royaume du Soleil Levant en l’an 900 après Jésus-Christ. Parions que le Dali de Impressions de la Haute Mongolie (1976) adorerait ça. 

The Visit – une rencontre extraterrestre (rien à voir avec le film d’horreur de Shyamalan) s’inscrit dans la parfaite continuité du canular cosmique questionnant une fois encore la fabuleuse capacité de l’homme à se raconter des histoires. Cette fois, Madsen imagine ce qui se passerait si un vaisseau extraterrestre venait à se poser sur notre planète bleue. Pas la peine de chercher les extra-terrestres, on ne les verra pas à l’écran et c’est tant mieux. Il se passe ce qui se passait avec Under The Skin, le joyau sombre de Jonathan Glazer : la caméra adopte le point de vue d’un extra-terrestre et donc enregistre des visions d’extra-terrestres, des plongées, des visions au ralenti qui auraient pu être sublimes chez le Lars Von Trier de Mélancholia et qui donnent un peu l’impression de publicité pour une banque (Oh, les chevaux qui s’emmerdent. Oh, le chien qui

aboie au ralenti. Oh, les militaires qui s’habillent au ralenti. Oh, le quidam qui jette son mégot dans la poubelle) ou d’un spot propagandiste pour la scientologie. Pour s’assurer une crédibilité, Michael Madsen fait défiler des gens en costards qui représentent l’ONU, le CNES ou le Premier Ministre qui prennent des notes tous azimuts sur un papier avec leur Mont-Blanc et s’expriment avec un sérieux papal ou une mine dévastée ou avec un anglais à coucher dehors («Haveuyoueuh zi capassity toubi aoutsaïde zi spèce end zi thaïme?»). Heureusement, leurs prises de tête avec leurs mains sont assez amusantes à regarder, leurs réflexions ne manquent d’humour comme lorsque d’eux demande à un autre: «Et si on devait prévenir la population que les extra-terrestres étaient parmi nous? On demanderait à qui? Allez, demandons à quelqu’un de connu. Genre David Attenborough. Tout le monde le connaît, lui». Parallèlement à ces élucubrations existentielles, un homme enseignant l’ingénierie spatiale à l’Université Spatiale Internationale de Strasbourg se révèle volontaire pour entrer dans le premier vaisseau extra-terrestre et enfile une combinaison orange pour éviter toute contamination biologique et chimique.  

L’influence de ce documenteur, c’est évidemment notre maître à tous, le fabuleux Orson Welles qui, selon la très exagérée légende, avait adapté La guerre des mondes de l’écrivain H. G. Wells le temps d’une dramatique radio diffusée le 30 octobre 1938 sur le réseau CBS aux États-Unis et qui provoqua un vent de panique à travers les États-Unis, des dizaines de milliers d’auditeurs croyant qu’il s’agissait d’un bulletin d’informations et qu’une attaque extraterrestre était en cours. Michael Madsen aimerait lui aussi avoir le code musical utilisé pour communiquer avec le vaisseau extraterrestre dans Rencontres du troisième type (Steven Spielberg, 1977). Mais l’on comprend quand même qu’il n’est pas dupe dans sa quête, lorsque l’une des très sérieuses intervenantes lui assure face caméra : «En théorie, les extra-terrestres ont existé. Selon les lois de la probabilité, oui. Mais il est différent de savoir que nous ne sommes pas seuls dans l’univers. Et penser que les humains ne sont qu’un accident, le résultat de bons éléments au bon moment, sur la bonne planète, à la bonne distance du soleil, donne l’impression que l’univers était indifférent à notre existence et qu’en plus, nous ne sommes qu’un accident.» A ce moment-là, tous les espoirs sont déçus (nous ne sommes qu’un éclat perdu du big-bang, that’s it man!) mais pas l’imaginaire, pleinement célébrée. Comme le souligne assez joliment une conclusion inattendue sur David Bowie. 

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