« The Harbinger » de Andy Mitton: un film d’horreur en pleine pandémie aux allures de brouillard cérébral

Diffusé dans le marathon horreur de la plateforme Shadowz, The Harbinger de Andy Mitton, qui se déroule en pleine pandémie, a le mérite de l’originalité (il s’agit ni plus ni moins que d’une métaphore du Covid) et rappelle que les bonnes idées compensent parfois le manque de moyens.

C’est le film-catastrophe que l’on a tous connu il y a peu (mais si, rappelez-vous): une pandémie venue de nulle part s’abat sur le monde, plonge les solitudes dans l’isolement et provoque un climat de paranoïa et de suspicion. Alors que le virus fait rage dans les grandes mégalopoles, on suit une jeune femme qui vit entourée de son père et de son frère dans un coin enneigé du nord de l’État de New York. Un jour, elle reçoit l’appel d’une ancienne amie d’université qui, elle, vit dans le tumulte urbain. Problème de cette dernière: elle souffre d’atroces cauchemars, si réalistes qu’elle redoute de disparaître pour de bon avec eux et cède à d’effroyables pulsions autodestructrices.

L’ancienne best friend décide alors de la rejoindre et commence un peu à comprendre que quelque chose ne tourne définitivement plus rond lorsqu’elle lui parle du démon qui la hante la nuit venue (une sorte de médecin médiéval spécialiste de la peste avec un long masque en forme d’oiseau, que s’apelerio… le Harbinger!). Elle finit, comme un effet de contamination, par le voir, elle aussi, dans ses rêves. Pour celles et ceux qui cherchent une explication au Harbinger, pas besoin de fouiller dans vos anciens cours d’anglais: « a harbinger of doom » est une expression traduisible par « oiseau de malheur », celui qui annonce les vilains présages. D’où cette créature au masque d’oiseau que certains assimileront au Judex de George Franju comme un effet de culture (avec un grand K!). Mais qui, en réalité, a plus à voir avec le lapin mystérieux de Donnie Darko de Richard Kelly.

C’est en tous cas un bien drôle de film choisi par la plateforme Shadowz (encore un!) pour son marathon fantastico-horrifique de Halloween, qui a le mérite de détonner dans une sélection entre deux classiques du zombie tant il refuse la surenchère visuelle, reste économe de ses effets, semble presque anti-dramatique par moments (l’école Ari Aster), à tel point que l’on finit par chercher où se planque le grand frisson… et, au final, on ne le trouve pas vraiment. The Harbinger ressemble en réalité à un cheval de Troie. Le genre, (avec ses conventions, son suspens, ses visions etc.) est avant tout un prétexte pour tout désamorcer (un peu façon The Empty Man de David Prior, en moins substantiel et abouti) et raconter les conséquences d’un drame humain.

Les manifestations fantastiques traduisent le brouillard cérébral de la pandémie de Covid-19, avec ce climat d’inconnu, de solitude et de méfiance, et le Harbinger d’être une métaphore du virus, traduisant par sa capacité de nuisance tous les symptômes neurologiques, des absences aux pertes de mémoires en passant par les hallucinations visuelles et sonores. Ce qui est sûr, c’est que le résultat a le mérite d’être original, avec son esprit de sérieux qui ne va sans un réel manque de nerf (le gros hic). Il manque aussi peut-être d’ampleur, d’une photo et d’une direction d’acteurs plus denses. Cela n’en reste pas moins une tentative plus louable que tous les gros machins récitant des formules prémâchées. Et l’on se met à rêver – c’est le terme! – à ce que le polyvalent Andy Mitton serait capable de faire avec plus de moyens.

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