D’ordinaire habitué à un registre plus léger (Kebab Connection, 2005), le réalisateur allemand Anno Saul a orchestré avec The Door un mélodrame fantastique qui brasse de grands thèmes (le deuil, la rédemption, la culpabilité). Bien que le traitement soit totalement différent, le postulat de base rappelle Antichrist (Lars Von Trier, 2009) : un enfant meurt au moment où son père et sa maîtresse font l’amour. D’emblée, le spectateur est happé par une tristesse de gueule de bois mortifère. Heureusement, le récit évolue vers d’autres sphères. En se perdant dans un dédale labyrinthique, le personnage principal franchit un portail lui donnant la possibilité de se racheter comme s’il passait un pacte Faustien. Coincé dans un paradoxe temporel, il devient quelqu’un d’autre et en même temps lui-même. Le revers de la médaille, c’est que ces doubles doivent tuer les anciennes versions d’eux-mêmes.
C’est comme une version inversée de Body Snatchers. Réfractaire au pathos geignard, Anno Saul parvient à éviter le piège ultime sur un sujet éprouvé (la seconde chance). Habilement, il préfère organiser des séquences morbides, drôles, étranges, mélancoliques ou décalées que l’on goûte selon sa sensibilité, afin de nuancer une parabole paranoïaque sur le libre-arbitre. Son sens du détail et des petits riens mise sur l’implication émotionnelle du spectateur. Par exemple, lorsque le père vient au secours de sa fille et revient sur le lieu du traumatisme pour la ressusciter, il exauce un fantasme collectif : faire renaître ceux qui sont partis trop tôt. C’est d’autant plus symbolique que l’action a lieu dans une piscine (liquide amniotique) et que le protagoniste est guidé par un papillon (métaphore de renaissance). Bien que démonstratif dans ses effets et un peu sage dans sa mise en image, cet exercice de style évoque un épisode acrobatique de La Quatrième dimension. Cependant, il ne serait (quasiment) rien sans Mads Mikkelsen, définitivement irréprochable et prochainement dans Le Guerrier silencieux, de Nicolas Winding Refn.

