TEDDY 🔮🔮 de Ludovic Boukherma et Zoran Boukherma: La bĂȘĂȘĂȘĂȘĂȘĂȘĂȘĂȘĂȘĂȘĂȘte!

Loup y es-tu? Dans les PyrĂ©nĂ©es, un loup attise la colĂšre des villageois.Teddy, 19 ans, sans diplĂŽme, vit avec son oncle adoptif et travaille dans un salon de massage. Sa petite amie Rebecca passe bientĂŽt son bac, promise Ă  un avenir radieux. Pour eux, c’est un Ă©tĂ© ordinaire qui s’annonce. Mais un soir de pleine lune, Teddy est griffĂ© par une bĂȘte inconnue. Les semaines qui suivent, il est pris de curieuses pulsions animales


On avait beaucoup aimĂ© Willy 1er, Ă©popĂ©e rurale qui cachait un cƓur gros comme ça derriĂšre sa gueule de fable acide façon Strip-Tease. Que ses deux rĂ©als, les frĂšres Boukherma, remettent le couvert avec un film de genre ne pouvait que nous combler. DĂšs l’annonce du pitch, et encore plus Ă  la vision du film, Teddy prĂ©sentĂ© comme une relecture gauloise du mythe du lycanthrope se pose inĂ©vitablement comme le pendant masculin de Grave de Julia Ducournau. Un risque, assurĂ©ment.

Bien que son approche truculente et triviale soit Ă  l’opposĂ© de celle de la rĂ©alisatrice (quoique
), on y retrouve une fois de plus une figure au sortie de l’adolescence frappĂ©e d’une malĂ©diction peu ordinaire. ThĂšme dĂ©jĂ  explorĂ©, trop peut-ĂȘtre: vampire, zombie, cannibale ou loup-garou, la soif de sang et de chair canalise les pulsions enfouies et les transformations du corps. Seulement, on ne parle plus ici d’éveil sexuel (dieu merci, on Ă©chappe au dĂ©lire du loser puceau) mais bien d’une bestialitĂ© et d’une rage contenues, qui vont Ă©videmment exploser dĂšs l’apparition de la grosse lune blafarde. Teddy (nom de nounours pour un futur loulou), un petit mec sans Ăąge, va en faire les frais aprĂšs avoir rencontrĂ© un loup: on y retrouve une fois de plus une approche de la mĂ©tamorphose totalement vouĂ©e Ă  l’école du body-horror, avec des passages de salles de bains devenus, hĂ©las, un lieu commun du genre: langue mutilĂ©e, pupille malmenĂ©e ou ongles arrachĂ©s, ça pique mais on connaĂźt un peu le chemin. L’ombre de Trouble Every Day plane sur le film, sans doute involontairement, en particulier durant cette sĂ©quence oĂč une NoĂ©mie Lvovsky fellinienne vit une sensuelle attaque. Claire «doesn’t care» Denis Ă©tait allĂ©e beaucoup plus loin sur une idĂ©e quasi-identique, et rares sont ceux ayant pu passer aprĂšs.

DerriĂšre son croisement entre Teen Wolf et un Bruno Dumont du Sud-Ouest, Teddy a parfois du mal Ă  rĂ©volutionner le mythe du loup-garou, contrairement au tout aussi fragile Les bonnes maniĂšres (Juliana Rojas et Marco Dutra, 2017) qui questionnait le mythe sous un angle sexuel et politique des plus rafraĂźchissant. Sa spĂ©cificitĂ© tient en grande partie dans son cadre pittoresque, assumant le grotesque bien de chez nous jusque dans une marseillaise chantĂ©e (trĂšs faux) en guise de gĂ©nĂ©rique de dĂ©but! Encore traumatisĂ©s par les visions de Thriller ou des Contes de la Crypte, en passant par les rĂ©cits de Stephen King (le film est clairement la rencontre entre Carrie et Peur Bleue), rĂ©fĂ©rences qu’on approuve Ă  120 %, les frĂšres Boukherma signent malgrĂ© tout un film fort attachant, portĂ© par un impeccable Anthony Bajon. Tout comme dans Willy 1er, c’est l’émotion qui fait une percĂ©e remarquable et Ă©lĂšve avec force tout ce qui a prĂ©cĂ©dĂ©. Les derniers instants, cĂ©lĂ©brant un amour fou avec du poil autour, ont quelque chose que les autres n’ont pas. Du coup on veut bien faire un tour dans les bras velus de la bĂȘbĂȘte, quitte Ă  en perdre un bras. J.M.

30 juin 2021 / 1h 28min / Comédie, Fantastique /
De Ludovic Boukherma, Zoran Boukherma /
Avec Anthony Bajon, Ludovic Torrent, Christine Gautier /
Nationalité Français

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