PUTAIN, 20 ANS! Qu’est-ce qu’ils s’étaient mis! Mais ils en ont, semble-t-il, payé le prix. Les petites frappes écossaises des années 90 de Trainspotting ont en effet vieilli pour atteindre, peut-être, l’âge de raison ou se sont vues contaminées par la sacro-sainte crise de la quarantaine. Rien n’est moins sûr. Lorsqu’il revient au pays pour un deuil familial, Renton (Ewan McGregor) semble en effet assagi, loin de ses années « seringues ». Dans le quartier sinistre de Leith, il va alors retrouver ce bon vieux Spud (Ewen Bremner), qu’il va, en véritable ange descendu des cieux, sauver du suicide. Sick Boy (Jonny Lee Miller), lui, s’est reconverti dans le chantage à la sextape, avec la complicité de la jeune et jolie Nikki (Anjela Nedyalkova), rêvant de fonder un bordel chic. Reste le cas de ce psychopathe de Begbie (Robert Carlyle) qui s’est échappé de prison et qui rêve de convertir son fils à son petit business minable. Mais lorsque le fugitif apprend la présence de ce traître de Renton sur ses terres, il ne pense guère qu’à le retrouver pour lui faire payer son séjour en taule et savoir ce qu’il a fait du fric…
Junk et con. Emblème d’une certaine jeunesse et d’une culture british des années 90, Trainspottingavait tout du film-mode, né pour être daté, avec tout ce qu’il y a de plaisant et de problématique. Était-il dès lors raisonnable d’imaginer une suite, deux décennies plus tard, à la manière d’un « que sont-ils devenus? »? Certains spectateurs nostalgiques pourront peut-être apprécier cette madeleine façon « space cake », d’autant que c’est un Danny Boyle en pleine forme (cf. le sous-estimé Steve Jobsl’année dernière) qui est toujours aux commandes. Mais il fallait retrouver à la fois l’esprit d’époque tout en proposant quelque chose d’ouvertement contemporain. C’est peut-être là où ce T2 ne convainc pas totalement.
Visuellement, le cinéaste oscille entre des tics d’époque trop ostensibles et des gimmicks contemporains. Et le mélange peine à prendre – contrairement à la bande-son, qui utilise remarquablement les « covers » de la B.O. du volet initial. Librement inspiré par le Porno d’Irvine Welsh, le film a tendance à oublier que le junkie senior s’avère graphiquement souvent moins glamour et stimulant que le teen enfariné. Et ça n’est pas un hasard si le personnage le plus intéressant de T2n’est autre que Nikki, la fille ambitieuse venue de l’Est qui symbolise un autre monde, un basculement de l’époque, qui ringardise les autres protagonistes. D’ailleurs, si les trames autour de Renton et Sick Boy fonctionnent à-peu-près, chaque apparition de Spud, qui se découvre une passion pour l’écriture, rappelle hélas l’inénarrable Zef dans T’aime de Patrick Sébastien. Les gags mettant en scène Begbie – la scène du viagra, aïe – nous remémorent quant à eux les cabotinages de Daniel Prévost dans certaines comédies françaises des années 80. Reste une certaine énergie – un bon travail de montage, notamment -, et le plaisir visible à l’écran qu’a eu toute cette équipe à se retrouver. Dès lors, voir T2s’apparente à assister à un concert d’un groupe de brit-pop dont les nouveaux singles ne passionnent guère mais dont les tubes, ayant certes pris quelques rides, gardent la force de la mélodie.

